ReutersNicolas Sarkozy a annoncé la prochaine construction d'une deuxième centrale nucléaire "EPR" (European Pressurised water Reactor). Un autre réacteur de ce type est actuellement en construction à Flamanville, dans la Manche. Le chantier de ce qui sera le 60e réacteur français devrait débuté en 2009 pour une mise en service en 2017, note Vincent Defait, de L'Humanité. En revanche, le président n'a pas indiqué où la nouvelle centrale serait construite. Nicolas Sarkozy a expliqué sa décision: «l'ère du pétrole bon marché, c'est fini. Le nucléaire est plus que jamais une industrie d'avenir et une énergie indispensable». Jean-Claude Bourbon, de La Croix, rappelle en effet que le baril du pétrole a dépassé les 146 dollars. Alexeï Miller, PDG de Gazprom, prévoit une hausse «prochaine» jusqu'à 250 dollars. «L’électricité qui sort d’un EPR coûte 30 à 50 % moins cher que celle qui sort d’une centrale à charbon ou de gaz. On peut devenir exportateur d'électricité alors qu'on n'a ni pétrole ni gaz. C'est une chance historique de développement» a en outre affirmé le président. Vincent Defait (L'Humanité) n'en remarque pas moins que le nucléaire ne remplace que rarement le pétrole pour produire de l'électricité, en France.
Vincent Defait (L'Humanité) a recensé des soutiens inattendus au Président de la République. Ainsi le député communiste Daniel Paul, qui a estimé que «dans un contexte de lutte contre le changement climatique, le développement de notre capacité de production d'électricité nucléaire est une bonne chose», tout en soulignant que «la puissance publique doit en garder le contrôle». Aussi, la CGT a défendu le projet, s'appuyant sur un contexte «de creusement du déficit de production électrique prévu à moyen terme». Mais cette position est loin de faire l'unanimité. Le Nouvel Observateur parle même de "tollé des associations écologistes". Greenpeace a qualifié la décision présidentielle d'«aberrante» et «stupide». Le directeur français des campagnes, Yannick Jadot, souligne également que cette «faute lourde (...) sonne en partie la mort du Grenelle de l'Environnement», qui donnait «la priorité absolue aux économies d'énergie et au développement des renouvelables». Par ce fait, «le président a déchiré la feuille de route et s'est assis sur le dialogue à cinq» entre syndicats, élus, patrons, Etat et ONG. L'association Sortir du Nucléaire estime en outre que le chantier (EPR) de Flamanville a été «marqué par de lourdes déconvenues et une suspension des travaux par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN)». Le Nouvel Observateur rappelle que l'ASN avait repéré en mai des "fissures" dans l'îlot nucléaire de l'EPR. EDF n'aurait ainsi pas acquis une «solide expérience de construction» de ses réacteurs de troisième génération. Cité par Vincent Defait (L'Humanité), Yves Marignac, directeur de WISE-Paris, une agence de conseil dans le domaine de l'énergie, estime que cette décision «paraît déconnectée de toute analyse des besoins énergétiques de la France», mais que «cela fait sens s'il s'agit de mettre en valeur Areva avant sa privatisation et alors que Suez investit dans le nucléaire».
Il s'avère que le tout prochain groupe GDF-Suez, qui devrait naître le 21 juillet, rappelle Vincent Defait, est en concurrence avec EDF pour la construction de cette nouvelle centrale. Une véritable compétition s'est même amorcée, assure La Tribune. Ce qui doit réjouir Nicolas Sarkozy, fervent promoteur de la libéralisation du marché énergétique, souligne L'Humanité. Pourtant, EDF ne paraissait pas enclin à investir dans le nucléaire ces dernières semaines. Il n'y a pas encore si longtemps, écrit Jean-Claude Bourbon (La Croix), le groupe estimait que la France n'avait pas besoin de nucléaire supplémentaire d'ici à 2020. EDF avait plutôt les yeux tournés vers la Chine, l'Afrique du Sud, les Etats-Unis ou encore la Grande-Bretagne, écrit le journaliste de La Croix. Sur les 35 milliards d'euros qui devraient être investis sur la période 2008-2010, l'électricien prévoit d'en dépenser 15 milliards hors de France. Dans l'Hexagone, EDF devait se contenter de prolonger la vie des réacteurs les plus anciens (d'une trentaine d'année) et d'augmenter la puissance et la disponiblité des grosses centrales. Jean-Claude Bourbon explique ce qu'il considère comme un "revirement" stratégique par la croissance sur le marché français de ses concurrents internationaux, comme l'italien Enel, qui possède 12,5% de l'EPR de Flamanville, ou l'allemand E.ON, intéressé par la construction d'une centrale en France. L'enjeu, souligne le journaliste de La Croix, est de garder une expertise nucléaire. Un enjeu crucial pour le groupe public. C'est donc ainsi qu'EDF s'est déclaré «prêt à s'engager dans ce projet», en rappelant qu'il disposait «de sites potentiels d'implantation, des compétences reconnues de ses salariés et de l'expérience nécessaire», d'après La Tribune. EDF possède en effet 58 réacteurs de deuxième génération. Suez s'est également félicité de l'annonce du président, et a affirmé qu'ils «travaillent depuis plusieurs mois sur les différentes options et ont renforcé à cet effet les échanges et la coopération avec Areva» et que «dans l'hypothèse où GDF Suez déciderait d'être candidat à la construction et l'exploitation de ce deuxième EPR en France, le nouveau groupe le ferait en coopération avec des partenaires électriciens français et/ou internationaux ainsi qu'avec des industriels électro-intensifs intéressés». La Croix note que Suez possède déjà sept réacteurs en Belgique, et une participation dans les centrales EDF de Chooz (Ardennes) et de Tricastin (Drôme). La Tribune ajoute que Suez a signé en janvier un partenariat avec Areva et Total pour construire deux EPR aux Emirats Arabes Unis. « Suez veut être un opérateur en propre, producteur et exploitant, de centrales nucléaires de nouvelle génération à l'horizon 2017-2020» a confirmé son porte-parole.
Vincent Defait (L'Humanité) finit par craindre que cette décision soit un signal politique risqué envoyé aux Etats membres de l'Union Européenne Surtout que, souligne Jean-Claude Bourbon, l'Allemagne et la Belgique ont décidé d'abandonner le nucléaire. En Italie, le débat est plus délicat. Bien que la population ait tranché en 1987 par référendum contre le développement du nucléaire, le gouvernement en place affiche sa volonté de "passer outre". Le parti écologiste Cap 21 estime que «cette annonce envoie un bien mauvais signal en matière de diversification du mix énergétique, de décentralisation de la production, de recherche de plus grande efficacité énergétique». Vincent Defait rappelle en effet qu'un des enjeux de la PFUE est de faire adopter le "paquet climat-énergie", censé fixer des objectifs audacieux en terme d'efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables.
Sources: L'Humanité La Croix, La Tribune, Le Nouvel Observateur
publié par Hemlec dans: Energie et Ressources




