Vendredi 11 Avril 2008

Nathalie Kosciusko Morizet sur les bancs de l'Assemblée
(photo parue sur Rue89)

Débattu depuis le 1er avril, comme le rappelle la Tribune, le projet de loi sur les OGM a finalement été adopté par l'Assemblée Nationale. Un vote d'extrême justesse, note l'Humanité: 228 voix contre, 249 pour. Surtout, une centaine de députés de droite se sont abstenus ou ont refusé de voter, soit autant de "votes contre", d'après le député UMP François Grosdidier. L'Huma ajoute que le vote a pourtant porté sur une version profondément remaniée par plusieurs amendements. Par exemple, celui de l'UMP Antoine Herth, qui stipule que "les conditions techniques relatives aux distances sont fixées par nature de culture". Des conditions techniques qui "définissent les périmètres au sein desquels ne sont pas pratiquées de cultures OGM", précise La Tribune. Des conditions qui "doivent permettre que la présence accidentelle d'OGM dans d'autres productions soit inférieure" au seuil européen de 0,9%. L'article 3, qui porte sur la "mise en oeuvre de la coexistence entre les cultures OGM, conventionnelles et biologiques", a également été adopté. L'amendement  qui visait à différencier le "seuil d'étiquetage" de 0,9% et le seuil de "détection" ou de "traçabilité" à 0%, défendu par l'opposition, a quant à lui  été rejeté par les députés. En revanche, l'amendement proposé par le député communiste André Chassaigne, dont le but est d'exclure les OGM de zones où sont implantées des filières agricoles de qualité (AOC, Label Rouge...) a été soutenu par plusieurs parlementaires de la majorité, ce qui a conduit à son adoption, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, s'en étant remise à la
«sagesse des députés». Plus tard, elle dira que «c'est à l'honneur de cette majorité d'avoir saisi le taureau par les cornes», déclarant que l'amendement Chassaigne n'était pas différent de celui déposé, puis retiré en séance, par le député UMP Louis Giscard d'Estaing. Colère parmi les députés pro-OGM. La Tribune affirme que Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée, ne cache pas la volonté du gouvernement de revenir sur cet amendement lors de son prochain passage au Sénat. Jean-Louis Borloo a, quant à lui, défendu le contraire dans l'hémicycle. Copé ne décolère pas: «quand un amendement vient de la gauche et que le gouvernement s'en remet 'à la sagesse' de l'Assemblée, ça veut dire tout simplement qu'il l'approuve» a-t-il affirmé, visant Koscisuko-Morizet, qualifiée "d'origine des problèmes" selon l'Humanité. Le quotidien communiste soutient que François Fillon aurait déclaré en privé que «l'amendement Chassaigne n'aurait pas dû être voté».

Mais la polémique ne s'arrête pas là. Dans Le Monde, Kosciusko-Morizet lâche:
«Il y a un concours de lâcheté et d'inélégance entre Jean-François Copé, qui essaye de détourner l'attention pour masquer ses propres difficultés au sein du groupe, et Jean-Louis Borloo, qui se contente d'assurer le service minimum.» Sur BFM TV et RFM, Copé s'indigne: «Au delà de l'injure qu'on s'est prise dans la figure, (...) quand on fait ce genre de sortie, d'une manière ou d'une autre, on peut être tenté de s'attribuer le beau rôle. Voilà, c'est ça qui m'a énervé et attristé». Contrainte par Matignon, qui menaçait d'en "tirer toutes les conséquences", soit de la démettre de ses fonctions, elle se ravise et présente ses excuses, arguant que «les propos qu'on (lui) prête aujourd'hui dans le journal Le Monde ont été déformés.» Soit la "rengaine habituelle en cas de rébellion ministérielle", écrit Julien Martin sur Rue 89. "NKM" sera tout de même sanctionnée: la secrétaire d'Etat n'était présente ni aux questions au gouvernement de mercredi ni à la visite de François Fillon au Japon de ce week-end. Une polémique qui a poussé Michel Urvoy, dans Ouest-France, a griffé un portrait de Nathalie Kosciusko-Morizet, une secrétaire d'Etat au "parcours brillantissime": conseillère de Chirac puis de Raffarin, elle a participé aux plus grandes négociations:  l'effet de serre à Kyoto, la biodiversité à Nairobi, les OGM à Montréal. Une secrétaire d'Etat qui a "surclassé" son ministre de tutelle, Jean-Louis Borloo pour sa gestion du Grenelle de l'Environnement, écrit Michel Urvoy. Borloo qui en "nourrira quelque jalousie". «Nathalie a craqué» aurait ainsi lancé Jean-Louis Borloo. "Un brin misogyne", tempête le journaliste, qui affirme que "la réussite de Kosciusko agace". Malgré tout, "parce qu'elle porte et défend mordicus de franches convictions", la secrétaire-d'Etat serait le membre du gouvernement le plus "respecté par la gauche". D'ailleurs, selon Michel Urvoy, "son principal défaut serait d'être plus légitime à l'extérieur qu'à l'intérieur de la droite". Isolée, Nathalie Kosciusko-Morizet? Non, affirme Julien Martin, sur Rue 89. François Grosdidier, député UMP, prend ainsi sa défense, jugeant qu'elle «a été très maltraitée pendant ces débats et ce sont certains de [ses] collègues qui auraient pu présenter leurs excuses». Des collègues qui lui ont réservé un traitement «injuste» car ils «ont dénaturé le projet du gouvernement» sur les OGM et ont obligé Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet «à faire semblant de (leur) faire croire que c'était le même». Grosdidier n'est pas le seul, souligne Martin, qui rappelle que 10 députés UMP ont voté contre et 31 se sont abstenus, sur ce projet de loi, finalement adopté avec la majorité la plus courte depuis 2002. Grosdidier parle d'une «crise de conscience», montrant du doigt le Premier ministre, qui aurait demandé aux députés de la majorité de «voter non pas pour le texte mais pour le contexte». L'opposition a aussi son mot sur cette polémique: Libération relaye la réaction caustique des Verts: «Prenez d'abord une attitude machiste malheureusement très répandue : désignez une jeune femme convaincue de votre gouvernement pour appât. Harcelez-la discrètement pour qu'elle s'emporte publiquement au nom de ses idées». Puis «glissez le tout dans un journal de l'après-midi quitte à accuser ensuite les journalistes d'avoir menti. Laissez mijoter le tout. Ajoutez une pincée d'outrage gouvernemental... votre soupe de contre-feu médiatique (est) prête à servir!». Le parti écologiste conclut plus sérieusement: «Contre les engagements pris lors du Grenelle, contre l'avis de 70% des Français, le gouvernement a réussi nous faire ingurgiter les OGM sans qu'on parle beaucoup du fond de la loi elle-même!». Il reste le Sénat, affirme Julien Martin. Le web-journaliste prétend que "la vague de contestation née à l'Assemblée pourrait maintenant atteindre le Sénat, en passe de devenir LE lieu de la contestation.". Il rappelle ainsi que c'est la chambre haute qui a "vidé de sa substance l'amendement ADN dans le cadre du projet de lui sur l'immigration." Jean-François Le Grand (UMP) est déjà monté au créneau. Rue 89 a publié l'extrait d'une lettre que l'ancien président de l'intergroupe OGM au Grenelle, et ancien président de la Haute autorité provisoire sur les OGM, a adressée au président de groupe Henri de Raincourt: «Ma conviction politique repose sur les valeur gaullistes: le seul combat qui vaille est le comba pour l'homme et, dans cet esprit, pour moi, c'est l'économie qui est au service de l'homme et non l'inverse, d'où mon regard extrêmement critique à l'égard du libéralisme, 'solution à tous nos problèmes'.» «Une autre valeur gaulliste est ce refus passionné de ne jamais céder aux fatalités et notamment, dans le cas présent, à celle d'un monde selon Monsanto?!»

Dans Les Echos, Julie Chauveau et Pierre-Alain Furbury se pose la question de l'avenir de la transformation législative du Grenelle de l'Environnement, suite à ce débat houleux sur les OGM. Un dossier désormais sur le bureau de Nicolas Sarkozy et de François Fillon.
«Mon texte reprend les engagements du Grenelle de l'environnement. Je suis le garant d'un projet fondateur issu d'un processus de discussion tout à fait novateur qui doit maintenant passer le cap de la démocratie parlementaire », prétend Jean-Louis Borloo. Pourtant, ce plan devra faire face à deux obstacles. Le premier: le scepticisme et la défiance des parlementaires. François Goulard affirme qu'il faudra «renoncer à certaines mesures». « Il y a des orientations qui méritent d'être réexaminées et un certain nombre de dispositions dont je ne vois pas comment elles peuvent être financées » prévient le sénateur Gérard Longuet. Frédéric Lefèvre tempère : «Le Grenelle n'est ni mort ni affaibli. Nous ne lâcherons pas. Mais notre devoir, c'est d'être pragmatique et d'engager les réformes structurelles en s'appuyant sur une réalité économique. Par définition, vous ne pouvez pas dépenser l'argent que vous n'avez pas». Dans un contexte d'économies budgétaires, comme l'écrit La Tribune, "le projet de loi risque donc de donner lier à de sérieux marchandages politiques". Borloo se veut rassurant, rappelant qu'il est parvenu à trouver l'argent nécessaire pour la loi de rénovation urbaine, contre le pessimisme ambiant. Il ajoute que d'autres mesures, comme le bonus-malus ne coûtent rien, et que «d'autres participent de l'investissement et de la mobilisation des partenaires, entreprises, acteurs publics». Mais voilà, les projections de coût du plan Borloo ont été publiées par Les Echos. Elles "donnent le vertige" selon la Tribune. 69 milliards d'euros pour la construction de lignes ferroviaires à grandes vitesses d'ici 2020 (dont 37 milliards financés par l'Etat), 24 milliards pour la rénovation thermiques des bâtiments de l'Etat... Et Patrice Moyon de s'interroger: Faut-il enterrer le Grenelle de l'environnement ? Dans Ouest France, il écrit que Nicolas Sarkozy lui-même semble douter. Ainsi, il y a quelques jours, lors du Congrès de la FNSEA à Nantes, le Président a ainsi pris soin d'éviter de parler des engagements du Grenelle... Ce sera à lui de prendre les derniers arbitrages avant de présenter le projet de loi au Parlement.

Sources: l'Humanité, la Tribune, le Monde, le Nouvel Observateur, les Echos, Libération, Ouest France, Rue 89

publié par Hemlec dans: Politique
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