L'usine Tereos d'Origny-Sainte-Benoîte. (AFP/ALAIN JULIEN)
Ces derniers jours, note Le Monde, organisations internationales (FMI, Banque mondiale, Programme alimentaire mondial...) et responsables politiques montent au créneau contre les biocarburants. Premier argument avancé: la vogue pour le carburant agricole aurait fait flamber les prix alimentaires à travers le monde. Ainsi, note Ophélie Neiman sur Rue 89, un temps présentés comme les sauveurs de la planète, les biocarburants sont désormais désignés comme les affameurs des pays pauvres. Alarmé par les émeutes de la faim qui se sont multipliés dans le monde, Dominique Strauss-Kahn, président du FMI, a déclaré que cette mode lui posait un "problème moral". Ophélie Neiman a relevé d'autres problèmes. Ainsi, en 2002, une étude américaine est parvenue à prouver que le diester (ou biodiesel) rejette autant de gaz à effet de serre que le gazole. Une autre étude a également prouvé que le bioéthanol E85 est aussi cancérigène que l'essence. Ajouter à cela le problème d'espace. Ainsi, l'ingénieur Jean-Marc Jancovici atteste sur son blog que pour produire suffisamment de bioéthanol pour remplacer le pétrole dans les transports en France, il faudrait une surface de culture de betterave équivalente à 120% la superficie du territoire. Un problème d'espace qui pose aussi la question des risques de déforestation, notamment au Brésil.
En France, une vingtaine d'années après le Brésil ou les Etats-Unis, la France s'est lancée dans les biocarburants en 2006, sous l'impulsion du ministre des Finances, Thierry Breton. Le pays s'est fixé l'objectif d'incorporer 7% d'agrocarburants dans les réservoirs d'ici 2010. Mais, souligne Rue 89, les biocarburants restent peu connus et peu répandus en France. Ce qui peut également expliquer l'annonce du groupement d'indépendants, Système U, de suspendre le développement de leur dispositif de distribution de bioéthanol (1000 litres par mois dans 22 pompes) lancé en 2006. Informations du Figaro. Officiellement, on déclare que «cet agrocarburant n'est pas une alternative crédible pour l'avenir». Les producteurs de biocarburants répondent: «sans les biocarburants, la France ne sera pas en mesure de respecter ses engagements en termes d'énergies renouvelables» de 20 % en 2020. Mais, politiquement, où en est-on? Jean Syrota, auteur du rapport "Perspectives énergétiques de la France à l'horizon 2020-2050" - remis à François Fillon en septembre 2007 - suggère au Premier Ministre d'arrêter les "investissements nouveaux dans la production de biocarburants de première génération". Jean-Claude Bévillard, de France Nature Environnement, le rejoint: «Tous ces investissements réalisés sont encombrants pour le gouvernement». L'ONG demande une diminution des objectifs français et européens de fixer à 10% les surfaces agricoles consacrées aux biocarburants.
Quant au gouvernement, d'après Le Monde, sa position sur le sujet n'est pas encore clarifiée. Michel Barnier, ministre de l'Agriculture, souligne que «la question n'est pas celle des biocarburants» mais de «la place qu'ils occupent», soit 7 à 10% en 2010 en France contre 20 à 30% au Brésil et aux Etats-Unis. Selon Barnier, la priorité reste l'alimentation. Jean-Louis Borloo, en marge du Forum international de l'énergie de Rome, Jean-Louis Borloo a évoqué «une pause sur de nouvelles capacités», tout en affirmant que les investissement planifiés seront «honorés». D'où la colère d'Anne Souyris, porte-parole des Verts: «Dans les faits, le gouvernement n'abandonne pas ses objectifs! (...) Où est la pause?». Ophélie Neiman pose la question essentielle: «(Les biocarburants) doivent-ils être définitivement abandonnés ou, au contraire, améliorés?». Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports, plaide pour la seconde solution. Jean-Louis Borloo le rejoint: «Cap sur la deuxième génération de biocarburants!». Tandis que la première génération concernait l'utilisation de maïs et de colza comme carburants, la deuxième s'appuie sur des produits non-alimentaires et des déchets de culture, précise Rue 89, comme la paille, les tiges, les copeaux ou les feuilles. Et dans ce domaine, la France accuse un lourd retard sur ses voisins. Ainsi, Angela Merkel vient d'inaugurer la première usine de deuxième génération, où l'on produira du biocarburant à partir de résidus de bois. De plus, comme l'affirme Philippe Tillous-Borde, représentant de la filière biodiesel, «Tout cela coûte cher». Ainsi, Rue 89
affirme que pour produire un litre d'éthanol, il faut 43 kilos de bois. La méfiance est de mise du côté de la Confédération Paysanne. «Aujourd'hui, le monde comprend enfin que les biocarburants de première génération sont une arnaque technique, environnementale et humanitaire. Désormais, c'est la deuxième génération qui est censée être formidable. Mais elle n'existe qu'à l'état de micro-projets. Ces biocarburants ne seront jamais à l'état de production industrielle. La troisième génération semble être la plus raisonnable» affirme ainsi Jacques Pasquier. Une troisième génération? Ce serait des carburants à base d'algues, des algues que l'on sait très riches en graisse, et très abondantes. Encore à l'état expérimental, souligne Ophélie Neiman. Ce serait aussi des carburants produits à partir de phytoplancton. Quant à l'utilisation de déchets ménagers, elle est déjà appliquée à Lille.
Et Le Figaro de conclure: "A l'heure où le baril de pétrole n'en finit pas d'établir de nouveaux records, les biocarburants continuent bien sûr d'avoir des défenseurs, mais leur avenir en France ne semble guère porteur."
Sources: Le Figaro, Le Monde, Rue 89
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