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Environnews

Etudiant en licence d'aménagement, d'environnement et d'urbanisme à l'université des Sciences et Technologies de Lille (Lille-I), je vous propose des revues de presse sur des thèmes touchant au développement durable. Bonne lecture!

Mardi 10 Juin 2008
Christophe Margerie, directeur général de Total (Reuters)

Face à la grogne montante des professionnels, agriculteurs, pêcheurs, routiers face à la flambée du prix du pétrole, la ministre de l'Economie, Christine Lagarde a reçu des représentants de l'Union française des industries pétrolières (Ufip), ainsi que Christophe de Margerie, le patron de Total. Une société que Bertrand Delanoë accuse de se "goinfrer" dans un contexte de "crise terrible". Alors que le pétrole s'échange à encore plus de 130 dollars le baril, Total affiche déjà un profit de 3,3 milliards de dollars au premier trimestre 2008, souligne Le Monde, dans la lancée des résultats records de 2007 (12,2 milliards de profit). Ségolène Royal avait d'ailleurs exhorté le gouvernement à prélever «80% de ces profits afin de les investir dans les énergies renouvelables», afin de «préparer l'après-pétrole». Le député socialiste Jérôme Cahuzac avait appelé à une meilleure utilisation des profits, déplorant que Total rachetait pour 1,7 milliards d'euros de ses propres actions et augmentait de 11% les dividendes de ses actionnaires. L'UMP avait également réagi. Ciblant le "populisme" et la "démagogie", le parti avait brandi le risque que Total ne déplace son siège à l'étranger. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports, avait tout de même demandé à l'entreprise pétrolière de faire preuve de "solidarité".

Pressée d'agir sous la pression populaire, souligne La Tribune, Christine Lagarde est parvenue à un arrangement: Total s'engage à financer la "prime à la cuve de fioul" qui était passée de 75 à 150 euros l'hiver dernier. 700.000 foyers en auraient bénéficié, selon Bercy. Ce serait une nouvelle fois 102 millions d'euros qui seront dépensés l'hiver prochain, a assuré Christophe de Margerie. L'Etat participera à hauteur de 42,7 millions d'euros à ce fond social, destiné aux contribuables non-imposables qui se chauffent au fioul. Christine Lagarde, qui a salué «l'effort de solidarité» du groupe français, a ajouté que «Total s'est engagé à examiner de manière très favorable l'augmentation de la prime à la cuve que nous avons décidée, qui passerait donc de 150 à 200 euros», soit le souhait du Président. Dans ce cas, Luc Chatel a estimé la contribution entre 140 et 200 millions d'euros, ce que n'a confirmé ni Christine Lagarde, ni Total. Le groupe français s'est également «engagé à inciter» les autres groupes étrangers (BP, Shell, Exxon) à l'imiter. En outre, d'autres engagements ont été pris par les distributeurs pétroliers, comme celui de «systématiquement répercuter les baisses du prix du baril à la pompe, le plus vite possible, et d'autre part de lisser sur des périodes d'au moins quatre semaines toutes les hausses du prix du baril». Nicolas Cori, de Libération souligne que cet engagement, déjà pris en 2006, ne devrait rien coûter à Total. Autres engagements: celui de «financer la recherche dans les énergies renouvelables», et celui d'aider le gouvernement à trouver des idées pour «une meilleure stabilité du prix sur les marchés pétroliers».


Le Figaro
rappelle que Nicolas Sarkozy avait proposé de financer ce renchérissement de la prime à la cuve en utilisant le surplus de recettes perçues par la TVA depuis le début de l'année, soit 170 millions d'euros, selon le ministère du Budget. Mais Bercy et Matignon avait "refroidi les ardeurs élyséennes", signalant que ce surplus était à modérer, du fait des moins-values observées sur la TIPP, liées à la baisse de la consommation, et estimées à 100 millions d'euros. Nicolas Cori mentionne que le Président tente toujours d'obtenir de Bruxelles le plafonnement de la TVA sur les carburants, malgré le scepticisme des partenaires européens. Scepticisme non-partagé par Jean-Pierre Raffarin. Dans un entretien accordé à RTL, l'ancien premier ministre va même plus loin, suggérant de «bloquer le prix du baril à 100 dollars, et neutraliser l'aspect fiscal au-dessus de ce plafond. Ceci en France, mais si ça peut être au niveau européen aussi, c'est mieux». Une proposition qui «va dans le sens de la proposition de Nicolas Sarkozy». Le sénateur UMP a en outre balayé les propositions socialistes de taxer les profits de Total, déclarant qu'«il n'y a que madame Royal aujourd'hui, et peut-être monsieur Chavez, pour croire encore aux nationalisations», tout en rappelant que «Total fait 95 % de ses bénéfices à l'étranger».


Mais alors, de manière plus générale, se demande les Echos, que faire face à l'envolée du pétrole? Le prix du baril a bondi de 13% sur quelques jours, voire quelques heures, et s'élève encore à plus de 130 dollars. Les Echos s'appuie sur les deux plus grands courtiers mondiaux en pétrole, Morgan Stanley et Goldman Sachs, pour annoncer que le baril à 150 dollars est "probable à court terme". Juillet, annonce même ce premier. Et pour cause, «la demande pétrolière est faible, mais l'offre est encore plus faible» analyse Jeffrey Currie, de Goldman Sachs. Or, comme dirait Nicolas Sarkozy, «l'économie européenne et l'économie mondiale sont soumises à un choc d'une force sans précédent». Un choc d'autant plus rude que les gouvernements n'ont pas forcément les capacités financières à répondre à la détresse des ménages et des professionnels. A peine la Russie, l'Indonésie ou la Syrie ont réduit leurs subventions aux produits pétroliers, pour limiter le déficit commercial. En revanche, la Chine et l'Inde, dont la demande croissante en pétrole attise la flambée des prix pétroliers, ont quant à eux refuser d'aligner les prix de leurs carburants sur leurs tarifs internationaux.


En France, La Dépêche du Midi révèle que le trafic de carburant est en plein essor. Le journal nous présente le cas de deux délinquants qui n'ont pas hésité à vider des réservoirs d'engin de chantier. Et quand, au tribunal, on leur demande pourquoi ils ont volé ces litres de gasoil, ils répondent : «C'est pas pour revendre, Monsieur. C'est pour rouler gratuit ». Ce qu'il n'empêche qu'ils ont écopé d'un mois ferme, et de trois mois pour récidive. Les professionnels du transport, s'ils notent que ce phénomène existe depuis toujours, remarque que le syphonage aurait tendance à s'organiser. Autre phénomène en vogue, et plus sain: le covoiturage. Le Figaro note que le comportement est de moins en moins marginal, du fait des grèves des transports en commun et surtout de la hausse des prix du pétrole. On "covoiture" aussi bien pour le bureau que pour les loisirs, ce qui permet d'économiser jusqu'à cent euros par mois, selon une de ses adeptes. Les sites internet spécialisés se multiplient: «on en a recensé 78 l'an dernier», souligne Robert Claval, du Certu (Centre d'étude sur les réseaux des transports et d'urbanisme), soit 500.000 annonces, selon lui, que ça soit pour particuliers, pour entreprises ou pour collectivités territoriales. Renault et les autoroutes Paris-Normandie s'y sont laissés tenter. Un mouvement qui n'est pas uniquement français, souligne Le Figaro. L'Allemagne, l'Angleterre et les Etats-Unis sont parmi les pays les plus avancés sur ce domaine. Certains pays rendent même les péages urbains gratuits pour les adeptes du covoiturage, ou leur réservent des voies d'autoroutes.


Quant aux professionnels directement touchés, pêcheurs, routiers, taxis et agriculteurs, ceux-ci "basculent de manifestants à émeutiers", écrit Maximilien Rouer, PDG de Becitizen, dans une chronique de La Tribune. Or, écrit-il, "manifester contre la hausse du prix de l'énergie revient aujourd'hui à manifester contre la pluie". "La société, organisée autour d'un pétrole peu cher, doit se réorganise face au pétrole cher", car la hausse du prix de l'énergie est, selon lui, structurelle, et non conjoncturelle. Et les discours politiques ne font que les renforcer dans leur mouvement. Car c'est devant le manque de solutions proposées par le gouvernement et l'Union Européenne que les manifestants deviennent émeutiers. Alors Maximilien Rouer propose des adaptations structurelles. Aux pêcheurs, la reconversion. "Personne ne peut s'en réjouir", note-il, mais l'appauvrissement des stocks de poissons et la flambée des prix du gazole rendent la situation inexorable. Aux agriculteurs, la diversification de leurs productions (vers le secteur énergétique: bioénergies, solaires, éoliens). Aux taxis: une participation de l'Etat pour leur fournir des véhicules moins consommateurs plutôt que des aides financières. Aux transporteurs, une restructuration qui se fera selon lui naturellement, en fonction des contraintes énergétiques et climatiques. Enfin, aux particuliers: les économies d'énergie dans le logement et le transport, et le développement des courtes distances. Et tout cela encouragé par des aides gouvernementales.


Mais alors que les pays consommateurs, membres du G8, mais aussi la Chine, l'Inde et la Corée du Sud se réunissaient à Aomori (Japon) pour "partager leurs vives inquiétudes à propos du niveau actuel des prix du pétrole", Pierre Cochez, de La Croix, remarque que les pays producteurs se frottent les mains. Ainsi, les pays de l'Opep (organisation des pays exportateurs de pétrole), qui représentent 40% du marché, n'hésitent pas à taxer l'exploitation des compagnies pétrolières jusqu'à 90% de leurs ventes. Didier Houssin, directeur du pétrole à l'agence internationale de l'énergie (AIE), cité par La Croix, explique: «Ce sont les prix chers qui créent du nationalisme pétrolier. Et non l"inverse. Depuis le début de la hausse, les contrats ont été renégociés par les pays producteurs. Actuellement les positions se durcissent et, pour les compagnies pétrolières, les relations avec les pays hôtes sont de plus en plus difficiles ». Grace à cet argent, ces pays investissent massivement dans de grands projets immobiliers et industriels, placés dans des fonds souverains, comme le Fonds Adia d'Abou Dhabi (Emirats Arabes Unis). Autre bénéficiaire de la flambée des cours pétroliers, les producteurs de gaz, dont le prix est indexé sur celui du pétrole en Europe continentale et en Extrême-Orient, mais aussi aux producteurs de charbon, dont le prix a été tiré vers le haut par la demande de pays émergents, comme la Chine, remarque Olivier Appert, président de l'Institut français du pétrole (IFP), à La Croix. Quant aux compagnies pétrolières, Olivier Appert note des beaux jours à court terme, mais prévoit des difficultés à plus long terme, du fait du nationalisme des pays producteurs, et des coûts croissants des investissements. Autre bénéficiaire, de manière plus indirecte: les producteurs des autres énergies. EDF en tête, qui profite du coût stable de ses centrales nucléaires par rapport au centrales thermiques au gaz, mais aussi les producteurs d'énergies renouvelables, l'éolien et le photovoltaïque gagnant en intérêt. Enfin, Pierre Cochez souligne que les fournisseurs d'équipements d'économie d'énergie, comme le français Saint-Gobain, ne sont pas non plus en reste.


Sources: La Croix, La Dépêche du Midi, La Tribune, Le Figaro, Le Monde, Les Echos, Libération

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