Deux villages noyés dans la Vallée du Vers (Lot) (DDM)
«Quand on est arrivé vers 18h30, on a cru que c'était des engins de chantier qui avaient fait ça. C'était l'eau», avoue un jeune homme, après avoir découvert le camping de Talouch dévasté par le glissement d'un champ de tournesol. Une touriste hollandaise interrogée avoue n'avoir jamais vu ça, «sauf a la télé, les tsunamis». C'est dire la violence et le choc qu'on ressentit les populations du sud de la France, après les forts orages qui ont secoué le milieu de semaine. La Dépêche du Midi et Sud Ouest nous relatent les faits. Les deux journaux régionaux font état à certains endroits de 100 mm d'eau tombée en deux heures, de grelons de la grosseur d'un oeuf, de coulées de boue, de maisons inondées jusqu'à deux mètres, de murets emportés, de routes soulevées et éventrées, de ponts menacés, de lieux-dits dévastés (comme le hameau Le Plaichac, sur la commune de Laplume). Le maire d'Aubiac, dans le Lot et Garonne, est stupéfait: «le petit ruisseau d'Aubiac s'est transformé en un large torrent bouillonnant de plus de 100 m de large». A Agen, la technopole agro-alimentaire Agropole a été durement touchée: dans la moitié des locaux, on comptait 80 cm à 1 m de boue. D'où, également, des conséquences économiques à prévoir. Gilles Recour, directeur de l'Agropole, avouait: «il y a des risques de chômage technique, mais le bilan est encore à établir». On n'a pas encore dénombré non plus le nombre de vergers, de semis et de champs dévastés.
Roquefort a été une des villes les plus touchées. Sa situation géographique, en entonnoir, et en contrebas du bassin-versant, explique l'ampleur du drame. Cette commune d'un millier d'habitants compte des centaines de maisons sinistrées. Le maire, Jean-Pierre Pin, confesse: «On n'a pas de demande d'hébergement d'urgence car les gens se sont débrouillés avec leurs familles ou voisins. Je crois que beaucoup s'imaginent pouvoir revenir rapidement dans leurs maisons. Or, pour la plupart, ce ne sera pas possible avant plusieurs semaines». Même le maire a été surpris par la subite montée des eaux, lors d'une intervention: «Je me suis fait prendre. Une grosse vague d'eau est rentrée, mettant tous sans dessus dessous. C'était l'acopalypse. En cinq minutes, nous avions de l'eau jusqu'aux épaules. (...) On a cru qu'on allait tous mourir comme des rats». L'intervention des pompiers plongeurs ont permis de lui sauver la vie. La Dépêche du Midi souligne le dévouement et l'investissement des élus municipaux et du conseil général, de la DDE (direction départementale de l'équipement), des pompiers, voire de députés (comme Jean Lassalle, relate Sud Ouest) qui ont travaillé en collaboration pour vite mettre en place des PC de crise et des hébergements d'urgence, avec l'aide de la Croix Rouge. C'est le cas à Mourenx, où une soixantaine d'habitants qui ont été surpris par la crue pendant leur sommeil se sont réfugiés dans une structure d'hébergement d'urgence, dixit Libération. Marc Belloy du Centre opérationnel départemental d'incendie et de secours (Codis) explique la situation: «il pleut depuis plusieurs semaines, les sols sont gorgés d'eau, les bassins versants très chargés n'absorbent plus l'excédent, tout part donc directement dans les cours d'eau qui débordent». Dans certaines communes, la situation prenait un autre tour: «L'ensemble des sources d'eau potable a été touché et l'eau est impropre à la consommation» s'alarme Jean-Pierre Casabonne, le maire d'Arette, dans les Pyrénées Atlantiques. Quant à la préfecture du Lot-et-Garonne, elle a d'ores-et-déjà annoncé son souhait de demander l'état de catastrophe naturelle.
Dans ce département, mardi 10 juin, deux enfants qui se dépêchaient de se réfugier dans les vestiaires d'un terrain de football ont été frappés par la foudre, près d'Avignon. D'après Sophie Moulin, du Dauphiné Libéré, les médecins de l'hôpital de la Timone à Marseille, réservaient encore leur pronostic mercredi 11 sur l'état d'un de ces jeunes footballeurs, âgé de 12 ans. L'autre a été sauvé par son coach, qui est parvenu à le ranimer. L'entraîneur et quatre autres enfants, sous le choc, sont en observation au centre hospitalier d'Avignon. En revanche, dans les Alpes de Haute-Provence, dix touristes allemands, âgés d'une vingtaine à une quarantaine d'années, qui pratiquaient du canyoning, et deux de leurs accompagnateurs ont été «surpris par un très gros orage, qui a provoqué une montée des eaux et une vague de 3 mètres de haut», d'après le préfet, Béatrice Abollivier. Trois personnes sont décédées: deux ressortissantes originaires de Dortmund et un des guides venus aussi d'Allemagne. Le préfet précise que les autres membres du groupe ont été «contusionnés, choqués, et pour certains, ont souffert d'hyporthermie». Alertés deux heures après le passage de la vague par un des rescapés, les secours n'ont retrouvé les corps qu'une heure plus tard. Mme Abovillier ajoute: «il semblerait qu'ils étaient totalement autonomes, nous n'avons pas l'impression qu'ils aient pris des informations sur la météo ou auprès de guides professionnels locaux». Le sous-préfet de Castellane avait en effet pris un arrêté pour interdire les activités nautiques dans les gorges du Verdon quelques jours plus tôt. Seulement, Marc Vignaud, du Point écrit que la pratique des sports d'eau vive était autorisée dans le Baous, l'affluent du Verdon où a eu lieu le drame.
Les débordements des cours d'eau et les dégâts conséquents ont fait resurgir le débat autour de l'efficacité de la "loi sur l'eau" en zone montagneuse. Le Dauphiné Libéré révèle que beaucoup d'élus locaux montrent du doigt cette loi, jugée inadaptée aux torrents de montagne. Ainsi, Henriette Martinez, députés divers droite, souligne que la loi sur l'eau pose des difficultés pour le curage dans le lit des rivières, qui n'est «permis qu'après autorisation préfectorale», d'où des applications différentes suivant les départements, souligne Joël Giraud, député PRG. Sceptique quand à la refonte de la loi, Henriette Martinez préfère voir la loi s'appliquer «avec plus de souplesse». La Croix, de son côté, a interrogé Michel Daloz, ingénieur à Météo France, pour connaître son avis sur la violence des orages. Celui-ci avoue que «la situation orageuse que la France connaît depuis le 12 mai dernier est exceptionnelle de par sa durée. On aura ainsi vécu presque un mois d'orages en continu !». Il ajoute qu' «il s'agit d'orages ponctuels, très localisés, donc difficile à prévoir». L'ingénieur établit à 30 mm d'eau tombée en une heure le seuil à partir duquel on qualifie un orage de "violent". «Or, ajoute-t-il, en mains endroits, nous avons atteints 50 à 100 mm d'eau en quelques heures, soit l'équivalent d'un mois de pluie». En outre, dans les zones montagneuses s'ajoute l'eau issue de la fonte des neiges. Il conclut en notant que c'est un phénomène «classique, mais d'ordinaire, il ne dure guère plus d'une semaine».
Sources: La Croix, La Dépêche du Midi, Le Dauphiné Libéré, Le Figaro, Le Nouvel Observateur, Le Point, Libération, Sud Ouest




