Pêcheurs italiens et français à Malte. (Reuters)Le ministre de l'agriculture et de la pêche, Michel Barnier, assiste aujourd'hui mardi 24 juin à une réunion des ministres européens de la Pêche, à Luxembourg. Au centre des discussions, la décision de la Commission Européenne d'interdire la pêche au thon rouge, deux semaines avant la date officielle, écrit Le Nouvel Observateur. Une décision contestée, notamment par la France et l'Italie, où l'activité n'est plus autorisée depuis le 16 juin, pour cause de dépassement de quotas, comme en Grèce, à Chypre et à Malte. Michel Barnier parle de «désaccords de fond» entre lui et Bruxelles, mais souligne qu'il n'est pas «dans l'état d'esprit d'entrer en conflit avec la Commission et de livrer une guérilla». Car le ministre français l'a avoué: «Malheureusement, il n'y aura plus de pêche cette année puisqu'elle (la Commission) a pris cette décision», souligne Libération. Michel Barnier semble plutôt chercher des explications. Ainsi, lundi 23 juin, dans les colonnes du Journal du Dimanche, il exhortait l'Union Européenne à lui montrer des "preuves" sur le dépassement de quotas, car selon lui: «les chiffres de la Commission s'appuient sur des estimations ou des projections plus que sur des faits. Mes chiffres à moi, basés sur les déclarations des pêcheurs, me disent qu'au moment de l'interdiction, 52% seulement des quotas alloués à la France avaient été pêchés». Néanmoins, la Commission Européenne, s'appuyant sur des images satellitales, soupçonne certains pêcheurs de ne pas déclarer toutes leurs captures.
On a pourtant essayé de s'entendre entre Paris et Bruxelles. Mais, après avoir été reçu par le commissaire européen à la Pêche, Joe Borg, Michel Barnier a «confirmé qu'il n'était pas convaincu». La situation ne s'est pas arrangée, au contraire, semble vouloir dire Le Monde. Ainsi, Nathalie Charbonneau, porte-parole du commissaire européen avait assuré que le ministre français «a tout a fait reconnu que nous (la Commission) avions plusieurs sources d'information et que ça nous permettait d'avoir une cartographie très très précise et donc des données beaucoup plus fiables». Michel Barnier s'était empressé de répliquer: «Je n'ai pas trouvé normal qu'on interprète ma position ce matin. Je pense que la porte-parole du commissaire doit se contenter de porter la parole du commissaire et pas des ministres. C'est pas comme ça que ça fonctionne dans mon esprit». Erreur de communication ou pas, ce faux pas n'a pas calmé les tensions. Pas de guérilla, bien sur, pour Michel Barnier, mais «en l'absence d'élements réellement probants», il envisagerait «avec les autres Etats concernés les suites à donner».
Prudence est de mise pour le ministre, car Libération souligne que la France et l'Italie sont de plus en plus isolés. Sous la pression des thoniers méditerranéens, à l'image du responsable de leur syndicat Mourad Kahoul, qui fulminait dans les colonnes de L'Express: «on tue des familles sur des suppositions. Nous avons affaire à des bolcheviques, ici c'est pire que dans les années 40», Michel Barnier ne fait que demander qu'une «réflexion soit menée dès à présent sur l'amélioration des dispositifs d'encadrement de l'ensemble de la pêcherie de thon rouge pour les prochaines campagnes». L'idée d'organiser un vote pour annuler cette interdiction a été abandonnée, Libération soulignant qu'une majorité qualifiée des 27 pays serait très difficile à obtenir. L'Espagne, qui a obtenu une semaine de plus de pêche que la France, s'est démarquée de Paris et de Rome en déclarant qu'«il n'y a aucun problème pour fermer la pêche», les quotas nationaux étant déjà atteints. Elena Espinosa, ministre espagnole de la pêche, a mis en avant la «transparence absolue» dont la pêche espagnole a fait preuve, et a souhaité que «tous les pays agissent de la même manière». La France et l'Italie en premier lieu. Le Portugal a également pris ses distances avec Michel Barnier, le ministre Jaime Silva soulignant que cette polémique concernait «principalement la France». Résultat, Paris et Rome ne sont plus soutenus que par quelques pays méditerranéens, comme la Slovénie. Et encore, note Libération, dans une "moindre mesure".
Source: L'Express, Le Monde, Le Journal du Dimanche, Le Nouvel Observateur, Libération
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