Vendredi 18 Juillet 2008

La centrale de Tricastin (AFP)

     Lundi 7 juillet, 74 kg d'uranium ont fui de l'usine de retraitement Socrati, appartenant au groupe Areva et située sur le site de Tricastin. Une cuve de rétention a en effet débordé lors d'une opération de nettoyage, précise Fabrice Voisin, du Journal du Dimanche. Un «manque de coordination évident entre les équipes en charge des travaux et celles responsables de l'exploitant» est à «l'origine de cet incident», a avoué le géant français du nucléaire, Areva.

     Jeudi 17 juillet, des rejets d'effluents radioactifs ont été relevés sur le site de Romans-sur-Isère, dans la Drôme. L'usine en cause, FBFC, une filiale d'Areva, produit du combustible nucléaire pour des centrales de production d'électricité et des réacteurs de recherche. Une rupture de canalisation reliant un atelier de fabrication de combustible 'CERCA' à une station de traitement est à l'origine de l'incident, selon l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Aucun lien avec Tricastin, a tôt souligné l'ASN, puisque «les premières analyses montrent qu'il n'y a pas du tout d'impact sur l'environnement car les quantités d'uranium sont très faibles, de l'ordre de quelques centaines de grammes». Entre 120 et 750 grammes précise Charles-Antoine Louët, chef de la division de l'ASN à Lyon, cité par Le Point. En outre, «la nappe phréatique est très éloignée et le sol est très étanche». Libération, s'appuyant sur des propos de Corinne Minot, directrice de cabinet du préfet de la Drôme, explique les circonstances de cette découverte: «c'est l'exploitant qui faisait des travaux de maintenance qui s'est rendu compte en ouvrant un caniveau qu'il y avait une présence anormale de boue». La canalisation touchée est «un dispositif en béton au sein duquel l'effluent se colmate, donc il y a très, très peu de probabilités de propagation au sol», a tenu à préciser Corinne Minot.

     Alors que les ONG s'était indigné, lors de l'incident de Tricastin, de ce qu'ils ont appelé une "rétention délibérée d'information", la fuite n'ayant été révélée par la Socrati et par l'ASN que quatorze heures après, Areva, l'Autorité de Sûreté Nucléaire et la préfecture de la Drôme ont mis en avant l'immédiate réactivité des employés de la société FBFC. L'ASN a déclaré avoir ensuite envoyé trois inspecteurs sur place «de 01H00 à 05H00 du matin pour examiner les circonstances de l'événement et les mesures prises par l'exploitant». Parmi ces mesures, la fermeture de la tuyauterie défaillante et des «mesures correctives destinées à protéger la zone contre les éventuelles intempéries». Corinne Minot, qui juge que «pour l'instant, il n'y a aucun impact environnemental, donc il n'y a pas de mesure à prendre» précise toutefois dans Libération qu'un suivi et une surveillance a été mis en place «avec l'ensemble des services de l'Etat concernés, avec l'éclairage de l'Autorité de Sûreté Nucléaire». L'incident à la Socrati avait en revanche nécessité la restriction de l'usage et l'accès à l'eau potable dans plusieurs communes. Areva assure que «l'incident est circonscrit à l'endroit de la rupture de la canalisation et reste donc limité au site». D'ailleurs, il devrait être classé au niveau 1 de l'échelle des incidents nucléaires, qui va de 0 à 7, sur proposition de la FBFC. Seule ombre au tableau: la rupture de cette canalisation enterrée daterait de plusieurs années et, en outre, celle-ci serait «non-conforme (...) vis-à-vis des exigences de la réglementation applicable qui demandent une capacité de résistance aux chocs suffisante pour éviter leur rupture», a souligné l'ASN, qui a saisi la justice.

     La fédération écologiste France Nature Environnement déplore que «comme d'habitude, c'est le porte-parole de l'ASN qui a délivré et contrôlé cette information», estimant que «tous les pouvoirs de gestion de la filière nucléaire sont concentrés dans les mains des cinq dirigeants» de l'ASN. La Voix du Nord ajoute que FNE exige que des autorités de contrôle indépendantes «puissent faire un audit public de ces différents accidents pour que tout citoyen puisse en connaître les causes et les effets». Des actions en justice sont également envisagées. Comme pour lui répondre, Jean-Louis Borloo, ministre de l'Energie et de l'Environnement, a insisté sur la "transparence" et la "réactivité" nécessaires dans le domaine du nucléaire, d'après Le Nouvel Observateur. Ainsi, selon le ministre d'Etat, le Haut comité sur la transparence devra «remettre à plat l'ensemble du système de procédures, évaluer l'ensemble des nappes phréatiques sous les installations nucléaires, faire le point sur les déchets nucléaires anciens». Il l'indique lui même: «je mets un accent très fort sur la réactivité : le fait que l'opérateur doit informer immédiatement, pas trois heures après». Référence à l'incident de Tricastin. Il a cependant redonné toute sa confiance à l'ASN, notant qu'elle effectue quelque 800 contrôles par an, et aux exploitants des sites nucléaires, soulignant qu'il était de leur responsabilité de faire leurs propres contrôles. «Apparemment, tant qu'on est au coeur du sujet on a l'impression qu'il y a une très, très grande rigueur. Mais quand on est sur le traitement des effluents, de l'eau, etc. on a le sentiment qu'il y en a moins», a ajouté Jean-Louis Borloo. «Mon sentiment, c'est que plus on s'éloigne du coeur du sujet, moins il y a de rigueur» dans la sous-traitance des installations nucléaires, a ajouté le ministre. Celui-ci s'est enfin montré rassurant, assurant que le nombre d'incidents de niveau 1 était de «114 en 2006 et de 86 en 2007, soit une baisse de quelque 30%» et que les incidents de cette ampleur, qui sont «sans effet sur l'environnement et la santé» permettent même «d'améliorer le dispositif» de sûreté.

     Ces deux incidents en dix jours sont autant de coups durs pour Areva, au centre de la polémique sur la sécurité des infrastructures nucléaires en France. Et cela deux semaines après que Nicolas Sarkozy avait affiché sa certitude que le nucléaire était «l'énergie du futur». Ces incidents, estime Les Echos risquent de semer un peu plus le trouble et de réveiller les vieilles peurs dans l'Hexagone.

Sources: Le Journal du Dimanche, Le Nouvel Observateur, Le Point, Les Echos, Libération

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