Cyril Hiely/MAXPPPLa Socrati, filiale du groupe Areva, et spécialisée dans l'assainissement et la récupération de déchets nucléaires, a encore défrayé la chronique cette semaine. Son usine de Tricastin a dépassé sa limite annuelle de rejet de carbone 14 de 5%. En effet, le mercredi 6 août, nous raconte Le Dauphiné Libéré, vers seize heures, les préfectures de la Drôme et du Vaucluse ont averti les communes proches du site nucléaire qu'une «anomalie à l'ouverture d'un colis de matériels faiblement radioactifs, issus d'hôpitaux et de laboratoires de recherches» s'était produite à la Socrati de Bollène. Olivier Gupta, directeur adjoint de l'ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire), interrogé par Le Figaro, indique que la Socrati a d'abord constaté le 4 juillet un «dépassement pour le mois de juin, de sa limite de rejet mensuelle de carbone 14».
Un évènement qui se serait déroulé après une opération de traitement de déchets médicaux radioactifs effectuée pour le compte de l'Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (L'Andra), la Socrati étant alors chargé de les trier et de les reconditionner avant leur traitement final. Olivier Gupta ajoute que «l'usine a alors décidé de stopper les activités de l'atelier», mais devait terminer le reconditionnement des lots en cours, afin de mettre les installations en sécurité. Ce n'est qu'après, poursuit Laure Daussy, du Figaro, que la Socrati s'est rendu compte du dépassement, et en a prévenu l'ASN le 5 août. Laure Assa, du Journal Du Dimanche résume la situation: ces rejets de carbone 14 supérieurs à la limite autorisée se sont produit en juin, mais se sont poursuivis jusque début juillet, et s'est même poursuivi après l'arrêt de l'activité de l'atelier. Cependant, rassure l'ASN, «selon les premières estimations, l'impact de ce rejet sur l'environnement et la population a été jugé très faible de l'ordre de quelques microsieverts, soit moins de quelques millièmes de la dose annuelle autorisée pour le public». L'Autorité a d'ailleurs classé l'incident au niveau 1 de l'échelle Ines, qui va jusqu'à 7. Elle a en outre décidé de suspendre «toute activité générant des rejets de carbone 14». Enfin, l'ASN a demandé à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) «une évaluation de l'impact de cet évènement ainsi que de procéder à des mesures de la radioactivité dans l'environnement». Marc Champion, chef adjoint de la division lyonnaise de l'Autorité concède que «vu l'ampleur et la soudaineté du dégagement gazeux, il est évident que quelque chose d'anormal s'est déroulé». Un doute sur le contrôle de la radioactivité des colis côté Andra et sur la détection et le devenir des rejets côté Socrati s'est installé. «Si tout le monde avait pleinement assumé ses responsabilités, on en serait pas là» estime Marc Champion.
Le Dauphiné Libéré souligne que ce nouvel évènement fait «mauvais genre» pour le site du Tricastin, la Socrati, et sa maison mère, Areva, et risque de «nourrir la polémique». Areva a d'ailleurs immédiatement défendu sa filiale, dont la «responsabilité n'est pas posée», puisque le «contenu réél (d'un des lots de déchets) était vraisemblablement différent de celui déclaré» et «indétectable», ce qui explique que les "opérateurs" n'aient pas pu «prendre les mesures appropriées». Areva, qui indique que «tout a été assaini et que le dégagement est en train de s'arrêter» parle d'un «incident mineur, sans comparaison avec celui du 7 juillet dernier». En effet, dans la nuit du 7 au 8 juillet, 74 kg d'effluents d'uranium avait fui de l'usine, contaminant les rivières à proximité. Dix jours plus tard, Anne Lauvergeon, présidente du directoir du géant nucléaire français, s'était excusée, avait promis une aide financière pour indemniser les victimes de l'incident, et avait déclaré que «l'incident était clos». Le 23 juillet, dans la proche centrale EDF, cent employés avaient été contaminés à faible dose par des radio-éléments. Le 18 juillet A Romans-sur-Isère, une rupture de canalisation dans une usine d'une filiale d'Areva avait causé un «épanchement d'uranium d'une quantité comprise entre 120 et 750 grammes». Enfin, le 21 juillet, à Saint-Alban/Saint-Maurice, quinze employés d'une centrale EDF avaient à leur tour été "très légèrement" contaminés. Même si tous ces évènements n'ont été classés au pire qu'au niveau 1 de l'échelle Ines (on compte 83 incidents de cette importance par an), et n'ont eu que peu d'impacts sur l'environnement, l'usine a tout de même été perquisitionnée à deux reprises sur ordre du parquet de Carpentras, saisi par l'ASN. En outre, la balise de sécurité s'est déclenchée trois fois en trois semaines, souligne Le Dauphiné Libéré. Autant de fausses alertes, précise le quotidien régional.
Mais ces incidents qui se succèdent n'ont pas de quoi rassurer les communes environnantes. Le Dauphiné Libéré écrit que celles-ci tentent d'évaluer les préjudices et envisagent d'importants travaux, comme le raccordement des habitations isolées au réseau d'eau potable. André-Yves Beck, adjoint aux finances de la Ville de Bollène, avoue que «cet incident rend encore plus justifiée (leur) demande de nomination d'un expert indépendant». Un incident qui va également apporter «de l'eau au moulin» de ceux qui s'inquiètent des "dangers potentiels du nucléaire". Ainsi, le réseau Sortir du Nucléaire (800 associations revendiquées) est monté au créneau, dénonçant d'abord la «rétention d'information» de la part d'Areva, «qui connaissait le problème depuis juillet et a attendu un mois avant d'avertir l'autorité de sûreté», comme pour l'évènement du 7 juillet (voir Nucléaire: deux fuites et les peurs se réveillent), qui avait finalement coûté le siège de directeur général de la Socrati à Yves André. L'organisation estime en outre que les conséquences de ces nouvelles fuites sont «bien plus graves pour la santé des riverains que les formulations rassurantes de l'ASN», car ces rejets «soumettent les riverains des installations nucléaires à des irradiations qui, même à des faibles doses, sont très dangereuses dans la durée». C'est ainsi que Sortir du Nucléaire demande la «fermeture immédiate et définitive de la Socrati», et un «audit indépendant de toutes les usines d'Areva», montrant du doigt celle de la Comurhex-Areva de Malvesi (Aude), qui serait «coupable de graves rejets dans l'environnement ces derniers mois».
Sources: L'Express, Le Dauphiné Libéré, Le Figaro, Le Journal du Dimanche, Le Nouvel Observateur, Le Parisien, Le Point, Ouest France
publié par Hemlec dans: Energie et Ressources




