Ce n'est pas une bonne période pour les pêcheurs. Déjà touché par des problèmes d'amoindrissement du potentiel poissonneux des océans, les marins subissent désormais la hausse disproportionnée du prix du pétrole. A New York, le baril du brut léger américain a dépassé le 7 novembre la barre des 98 dollars. Le même jour, le Brent de la mer du Nord s'est élevé à 95 dollars. En cause: d'une part la faiblesse du niveau de l'offre par rapport à celui, explosif, de la demande; d'autre part la baisse attendue des reserves américaines; et enfin la faiblesse du dollar face à l'euro, du fait des craintes de ralentissement économique et de la baisse des taux d'intérêts aux Etats-Unis.
En outre, depuis le début de l'année, les marins ne bénéficient plus du mécanisme de compensation du prix du gazole, appelé "fond de prévention aux aléas de la pêche", jugé incompatible avec les règles européennes. Désormais, la consommation de gazole représente, pour un bateau de 20 mètres, 35% du chiffre d'affaires. Résultat, le 2 novembre, le port du Guilvinec, leader français pour la pêche fraîche, a lancé un mouvement de grève qui s'est étendu dans d'autres ports de la Manche et de l'Atlantique, comme Le Croisic, La Turballe, Saint-Gilles-Croix-de-Vie ou les Sables d'Olonne. Le 5, les grévistes bloquent l'accès aux dépôts de pétrole des ports commerciaux de Brest et de Lorient. Le 7, idem à la raffinerie Total de Donges.
Pour répondre à cette agitation, Nicolas Sarkozy s'est présenté le 8 au Guilvinec. Avec, dans ses bagages, trois mesures. Première d'entre elles: la suppression des charges portuaires, soit un coût de 250.000 euros pour le département du Finistère et 250.000 euros pour la chambre de commerce et d'industrie. Deuxièmement: l'exonération des charges patronales et sociales "pendant le temps nécessaire". Une décision qui, au départ, n'avait pas rééllement convaincue les pêcheurs: d'après leurs comptables, le gain serait davantage important pour les petits consommateurs de carburant que pour les grands: douze centimes pour les fileyeurs contre quatre pour les gros chalutiers. Enfin, alors que Robert Bougéon, président du comité local des pêches du Guilvinec s'était insurgé le 2: "Au dessus de 40 centimes d'euros le baril on ne suit plus", le président de la République annonce une indemnisation du surcoût du gazole au-delà de 0,30 euros le litre.
En outre, Nicolas Sarkozy, à l'image de la prime à la casse qu'il prône pour les véhicules, a déclaré qu'il ne "veut pas donner de l'argent pour sortir des bateaux de la flotte française", mais "qu'on investisse pour que les bateaux consomment moins et pour être plus compétitifs". Quant à une baisse de la TIPP (taxes intérieures sur les produits pétroliers), elle a été exclue par Eric Woerth, ministre du Budget, qui a rappelé que c'est une "partie des recettes de l'Etat" (6 à 7%). Sur le port du Guilvinec planait également l'ombre du retour d'un mécanisme de compensation à la hausse du prix du gazole. Alors que les marins pêcheurs réclament qu'il se fasse à partir de la TVA sur le prix du poisson (surtout le poisson d'importation, qui représente 85% de la consommation), le ministre de l'Agriculture et de la Pêche, Michel Barnier, a promis qu'une "mesure legislative" sera prise avant la fin de l'année. Seulement, pour la Commission Européenne, ce mécanisme s'apparente à une aide d'Etat "illégale", du point de vue européen. La porte-parole de la commission chargée des dossiers de la pêche, Mireille Thom, a affirmé que ce type d'aide n'est possible que "dans le cadre de plan de sauvetage et de restructuration des entreprises en difficulté". Elle a en outre déclaré que le meilleur moyen de répondre à ce problème "n'est pas de donner des subventions mais de s'attaquer aux problèmes de fond", ce qui passe, selon elle, par une "restructuration du secteur de la pêche".
Les pêcheurs se sont finalement montrés satisfaits des propositions de Nicolas Sarkozy et de Michel Barnier. Le lendemain, en effet, les pêcheurs du port du Guilvinec ont repris la barre, en attendant la concrétisation de ces promesses. Si elles ne répondent pas à long terme sur la crise du milieu de la pêche et si elles butent sur la rigueur des règles européennes, elles ont au moins la mérite de sortir pour quelques temps la tête de la pêche française hors de l'eau.




