ReutersNicolas Sarkozy a annoncé la prochaine construction d'une deuxième centrale nucléaire "EPR" (European Pressurised water Reactor). Un autre réacteur de ce type est actuellement en construction à Flamanville, dans la Manche. Le chantier de ce qui sera le 60e réacteur français devrait débuté en 2009 pour une mise en service en 2017, note Vincent Defait, de L'Humanité. En revanche, le président n'a pas indiqué où la nouvelle centrale serait construite. Nicolas Sarkozy a expliqué sa décision: «l'ère du pétrole bon marché, c'est fini. Le nucléaire est plus que jamais une industrie d'avenir et une énergie indispensable». Jean-Claude Bourbon, de La Croix, rappelle en effet que le baril du pétrole a dépassé les 146 dollars. Alexeï Miller, PDG de Gazprom, prévoit une hausse «prochaine» jusqu'à 250 dollars. «L’électricité qui sort d’un EPR coûte 30 à 50 % moins cher que celle qui sort d’une centrale à charbon ou de gaz. On peut devenir exportateur d'électricité alors qu'on n'a ni pétrole ni gaz. C'est une chance historique de développement» a en outre affirmé le président. Vincent Defait (L'Humanité) n'en remarque pas moins que le nucléaire ne remplace que rarement le pétrole pour produire de l'électricité, en France.
Vincent Defait (L'Humanité) a recensé des soutiens inattendus au Président de la République. Ainsi le député communiste Daniel Paul, qui a estimé que «dans un contexte de lutte contre le changement climatique, le développement de notre capacité de production d'électricité nucléaire est une bonne chose», tout en soulignant que «la puissance publique doit en garder le contrôle». Aussi, la CGT a défendu le projet, s'appuyant sur un contexte «de creusement du déficit de production électrique prévu à moyen terme». Mais cette position est loin de faire l'unanimité. Le Nouvel Observateur parle même de "tollé des associations écologistes". Greenpeace a qualifié la décision présidentielle d'«aberrante» et «stupide». Le directeur français des campagnes, Yannick Jadot, souligne également que cette «faute lourde (...) sonne en partie la mort du Grenelle de l'Environnement», qui donnait «la priorité absolue aux économies d'énergie et au développement des renouvelables». Par ce fait, «le président a déchiré la feuille de route et s'est assis sur le dialogue à cinq» entre syndicats, élus, patrons, Etat et ONG. L'association Sortir du Nucléaire estime en outre que le chantier (EPR) de Flamanville a été «marqué par de lourdes déconvenues et une suspension des travaux par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN)». Le Nouvel Observateur rappelle que l'ASN avait repéré en mai des "fissures" dans l'îlot nucléaire de l'EPR. EDF n'aurait ainsi pas acquis une «solide expérience de construction» de ses réacteurs de troisième génération. Cité par Vincent Defait (L'Humanité), Yves Marignac, directeur de WISE-Paris, une agence de conseil dans le domaine de l'énergie, estime que cette décision «paraît déconnectée de toute analyse des besoins énergétiques de la France», mais que «cela fait sens s'il s'agit de mettre en valeur Areva avant sa privatisation et alors que Suez investit dans le nucléaire».
Il s'avère que le tout prochain groupe GDF-Suez, qui devrait naître le 21 juillet, rappelle Vincent Defait, est en concurrence avec EDF pour la construction de cette nouvelle centrale. Une véritable compétition s'est même amorcée, assure La Tribune. Ce qui doit réjouir Nicolas Sarkozy, fervent promoteur de la libéralisation du marché énergétique, souligne L'Humanité. Pourtant, EDF ne paraissait pas enclin à investir dans le nucléaire ces dernières semaines. Il n'y a pas encore si longtemps, écrit Jean-Claude Bourbon (La Croix), le groupe estimait que la France n'avait pas besoin de nucléaire supplémentaire d'ici à 2020. EDF avait plutôt les yeux tournés vers la Chine, l'Afrique du Sud, les Etats-Unis ou encore la Grande-Bretagne, écrit le journaliste de La Croix. Sur les 35 milliards d'euros qui devraient être investis sur la période 2008-2010, l'électricien prévoit d'en dépenser 15 milliards hors de France. Dans l'Hexagone, EDF devait se contenter de prolonger la vie des réacteurs les plus anciens (d'une trentaine d'année) et d'augmenter la puissance et la disponiblité des grosses centrales. Jean-Claude Bourbon explique ce qu'il considère comme un "revirement" stratégique par la croissance sur le marché français de ses concurrents internationaux, comme l'italien Enel, qui possède 12,5% de l'EPR de Flamanville, ou l'allemand E.ON, intéressé par la construction d'une centrale en France. L'enjeu, souligne le journaliste de La Croix, est de garder une expertise nucléaire. Un enjeu crucial pour le groupe public. C'est donc ainsi qu'EDF s'est déclaré «prêt à s'engager dans ce projet», en rappelant qu'il disposait «de sites potentiels d'implantation, des compétences reconnues de ses salariés et de l'expérience nécessaire», d'après La Tribune. EDF possède en effet 58 réacteurs de deuxième génération. Suez s'est également félicité de l'annonce du président, et a affirmé qu'ils «travaillent depuis plusieurs mois sur les différentes options et ont renforcé à cet effet les échanges et la coopération avec Areva» et que «dans l'hypothèse où GDF Suez déciderait d'être candidat à la construction et l'exploitation de ce deuxième EPR en France, le nouveau groupe le ferait en coopération avec des partenaires électriciens français et/ou internationaux ainsi qu'avec des industriels électro-intensifs intéressés». La Croix note que Suez possède déjà sept réacteurs en Belgique, et une participation dans les centrales EDF de Chooz (Ardennes) et de Tricastin (Drôme). La Tribune ajoute que Suez a signé en janvier un partenariat avec Areva et Total pour construire deux EPR aux Emirats Arabes Unis. « Suez veut être un opérateur en propre, producteur et exploitant, de centrales nucléaires de nouvelle génération à l'horizon 2017-2020» a confirmé son porte-parole.
Vincent Defait (L'Humanité) finit par craindre que cette décision soit un signal politique risqué envoyé aux Etats membres de l'Union Européenne Surtout que, souligne Jean-Claude Bourbon, l'Allemagne et la Belgique ont décidé d'abandonner le nucléaire. En Italie, le débat est plus délicat. Bien que la population ait tranché en 1987 par référendum contre le développement du nucléaire, le gouvernement en place affiche sa volonté de "passer outre". Le parti écologiste Cap 21 estime que «cette annonce envoie un bien mauvais signal en matière de diversification du mix énergétique, de décentralisation de la production, de recherche de plus grande efficacité énergétique». Vincent Defait rappelle en effet qu'un des enjeux de la PFUE est de faire adopter le "paquet climat-énergie", censé fixer des objectifs audacieux en terme d'efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables.
Sources: L'Humanité La Croix, La Tribune, Le Nouvel Observateur
Christophe Margerie, directeur général de Total (Reuters)Face à la grogne montante des professionnels, agriculteurs, pêcheurs, routiers face à la flambée du prix du pétrole, la ministre de l'Economie, Christine Lagarde a reçu des représentants de l'Union française des industries pétrolières (Ufip), ainsi que Christophe de Margerie, le patron de Total. Une société que Bertrand Delanoë accuse de se "goinfrer" dans un contexte de "crise terrible". Alors que le pétrole s'échange à encore plus de 130 dollars le baril, Total affiche déjà un profit de 3,3 milliards de dollars au premier trimestre 2008, souligne Le Monde, dans la lancée des résultats records de 2007 (12,2 milliards de profit). Ségolène Royal avait d'ailleurs exhorté le gouvernement à prélever «80% de ces profits afin de les investir dans les énergies renouvelables», afin de «préparer l'après-pétrole». Le député socialiste Jérôme Cahuzac avait appelé à une meilleure utilisation des profits, déplorant que Total rachetait pour 1,7 milliards d'euros de ses propres actions et augmentait de 11% les dividendes de ses actionnaires. L'UMP avait également réagi. Ciblant le "populisme" et la "démagogie", le parti avait brandi le risque que Total ne déplace son siège à l'étranger. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports, avait tout de même demandé à l'entreprise pétrolière de faire preuve de "solidarité".
Pressée d'agir sous la pression populaire, souligne La Tribune, Christine Lagarde est parvenue à un arrangement: Total s'engage à financer la "prime à la cuve de fioul" qui était passée de 75 à 150 euros l'hiver dernier. 700.000 foyers en auraient bénéficié, selon Bercy. Ce serait une nouvelle fois 102 millions d'euros qui seront dépensés l'hiver prochain, a assuré Christophe de Margerie. L'Etat participera à hauteur de 42,7 millions d'euros à ce fond social, destiné aux contribuables non-imposables qui se chauffent au fioul. Christine Lagarde, qui a salué «l'effort de solidarité» du groupe français, a ajouté que «Total s'est engagé à examiner de manière très favorable l'augmentation de la prime à la cuve que nous avons décidée, qui passerait donc de 150 à 200 euros», soit le souhait du Président. Dans ce cas, Luc Chatel a estimé la contribution entre 140 et 200 millions d'euros, ce que n'a confirmé ni Christine Lagarde, ni Total. Le groupe français s'est également «engagé à inciter» les autres groupes étrangers (BP, Shell, Exxon) à l'imiter. En outre, d'autres engagements ont été pris par les distributeurs pétroliers, comme celui de «systématiquement répercuter les baisses du prix du baril à la pompe, le plus vite possible, et d'autre part de lisser sur des périodes d'au moins quatre semaines toutes les hausses du prix du baril». Nicolas Cori, de Libération souligne que cet engagement, déjà pris en 2006, ne devrait rien coûter à Total. Autres engagements: celui de «financer la recherche dans les énergies renouvelables», et celui d'aider le gouvernement à trouver des idées pour «une meilleure stabilité du prix sur les marchés pétroliers».
Le Figaro rappelle que Nicolas Sarkozy avait proposé de financer ce renchérissement de la prime à la cuve en utilisant le surplus de recettes perçues par la TVA depuis le début de l'année, soit 170 millions d'euros, selon le ministère du Budget. Mais Bercy et Matignon avait "refroidi les ardeurs élyséennes", signalant que ce surplus était à modérer, du fait des moins-values observées sur la TIPP, liées à la baisse de la consommation, et estimées à 100 millions d'euros. Nicolas Cori mentionne que le Président tente toujours d'obtenir de Bruxelles le plafonnement de la TVA sur les carburants, malgré le scepticisme des partenaires européens. Scepticisme non-partagé par Jean-Pierre Raffarin. Dans un entretien accordé à RTL, l'ancien premier ministre va même plus loin, suggérant de «bloquer le prix du baril à 100 dollars, et neutraliser l'aspect fiscal au-dessus de ce plafond. Ceci en France, mais si ça peut être au niveau européen aussi, c'est mieux». Une proposition qui «va dans le sens de la proposition de Nicolas Sarkozy». Le sénateur UMP a en outre balayé les propositions socialistes de taxer les profits de Total, déclarant qu'«il n'y a que madame Royal aujourd'hui, et peut-être monsieur Chavez, pour croire encore aux nationalisations», tout en rappelant que «Total fait 95 % de ses bénéfices à l'étranger».
Mais alors, de manière plus générale, se demande les Echos, que faire face à l'envolée du pétrole? Le prix du baril a bondi de 13% sur quelques jours, voire quelques heures, et s'élève encore à plus de 130 dollars. Les Echos s'appuie sur les deux plus grands courtiers mondiaux en pétrole, Morgan Stanley et Goldman Sachs, pour annoncer que le baril à 150 dollars est "probable à court terme". Juillet, annonce même ce premier. Et pour cause, «la demande pétrolière est faible, mais l'offre est encore plus faible» analyse Jeffrey Currie, de Goldman Sachs. Or, comme dirait Nicolas Sarkozy, «l'économie européenne et l'économie mondiale sont soumises à un choc d'une force sans précédent». Un choc d'autant plus rude que les gouvernements n'ont pas forcément les capacités financières à répondre à la détresse des ménages et des professionnels. A peine la Russie, l'Indonésie ou la Syrie ont réduit leurs subventions aux produits pétroliers, pour limiter le déficit commercial. En revanche, la Chine et l'Inde, dont la demande croissante en pétrole attise la flambée des prix pétroliers, ont quant à eux refuser d'aligner les prix de leurs carburants sur leurs tarifs internationaux.
En France, La Dépêche du Midi révèle que le trafic de carburant est en plein essor. Le journal nous présente le cas de deux délinquants qui n'ont pas hésité à vider des réservoirs d'engin de chantier. Et quand, au tribunal, on leur demande pourquoi ils ont volé ces litres de gasoil, ils répondent : «C'est pas pour revendre, Monsieur. C'est pour rouler gratuit ». Ce qu'il n'empêche qu'ils ont écopé d'un mois ferme, et de trois mois pour récidive. Les professionnels du transport, s'ils notent que ce phénomène existe depuis toujours, remarque que le syphonage aurait tendance à s'organiser. Autre phénomène en vogue, et plus sain: le covoiturage. Le Figaro note que le comportement est de moins en moins marginal, du fait des grèves des transports en commun et surtout de la hausse des prix du pétrole. On "covoiture" aussi bien pour le bureau que pour les loisirs, ce qui permet d'économiser jusqu'à cent euros par mois, selon une de ses adeptes. Les sites internet spécialisés se multiplient: «on en a recensé 78 l'an dernier», souligne Robert Claval, du Certu (Centre d'étude sur les réseaux des transports et d'urbanisme), soit 500.000 annonces, selon lui, que ça soit pour particuliers, pour entreprises ou pour collectivités territoriales. Renault et les autoroutes Paris-Normandie s'y sont laissés tenter. Un mouvement qui n'est pas uniquement français, souligne Le Figaro. L'Allemagne, l'Angleterre et les Etats-Unis sont parmi les pays les plus avancés sur ce domaine. Certains pays rendent même les péages urbains gratuits pour les adeptes du covoiturage, ou leur réservent des voies d'autoroutes.
Quant aux professionnels directement touchés, pêcheurs, routiers, taxis et agriculteurs, ceux-ci "basculent de manifestants à émeutiers", écrit Maximilien Rouer, PDG de Becitizen, dans une chronique de La Tribune. Or, écrit-il, "manifester contre la hausse du prix de l'énergie revient aujourd'hui à manifester contre la pluie". "La société, organisée autour d'un pétrole peu cher, doit se réorganise face au pétrole cher", car la hausse du prix de l'énergie est, selon lui, structurelle, et non conjoncturelle. Et les discours politiques ne font que les renforcer dans leur mouvement. Car c'est devant le manque de solutions proposées par le gouvernement et l'Union Européenne que les manifestants deviennent émeutiers. Alors Maximilien Rouer propose des adaptations structurelles. Aux pêcheurs, la reconversion. "Personne ne peut s'en réjouir", note-il, mais l'appauvrissement des stocks de poissons et la flambée des prix du gazole rendent la situation inexorable. Aux agriculteurs, la diversification de leurs productions (vers le secteur énergétique: bioénergies, solaires, éoliens). Aux taxis: une participation de l'Etat pour leur fournir des véhicules moins consommateurs plutôt que des aides financières. Aux transporteurs, une restructuration qui se fera selon lui naturellement, en fonction des contraintes énergétiques et climatiques. Enfin, aux particuliers: les économies d'énergie dans le logement et le transport, et le développement des courtes distances. Et tout cela encouragé par des aides gouvernementales.
Mais alors que les pays consommateurs, membres du G8, mais aussi la Chine, l'Inde et la Corée du Sud se réunissaient à Aomori (Japon) pour "partager leurs vives inquiétudes à propos du niveau actuel des prix du pétrole", Pierre Cochez, de La Croix, remarque que les pays producteurs se frottent les mains. Ainsi, les pays de l'Opep (organisation des pays exportateurs de pétrole), qui représentent 40% du marché, n'hésitent pas à taxer l'exploitation des compagnies pétrolières jusqu'à 90% de leurs ventes. Didier Houssin, directeur du pétrole à l'agence internationale de l'énergie (AIE), cité par La Croix, explique: «Ce sont les prix chers qui créent du nationalisme pétrolier. Et non l"inverse. Depuis le début de la hausse, les contrats ont été renégociés par les pays producteurs. Actuellement les positions se durcissent et, pour les compagnies pétrolières, les relations avec les pays hôtes sont de plus en plus difficiles ». Grace à cet argent, ces pays investissent massivement dans de grands projets immobiliers et industriels, placés dans des fonds souverains, comme le Fonds Adia d'Abou Dhabi (Emirats Arabes Unis). Autre bénéficiaire de la flambée des cours pétroliers, les producteurs de gaz, dont le prix est indexé sur celui du pétrole en Europe continentale et en Extrême-Orient, mais aussi aux producteurs de charbon, dont le prix a été tiré vers le haut par la demande de pays émergents, comme la Chine, remarque Olivier Appert, président de l'Institut français du pétrole (IFP), à La Croix. Quant aux compagnies pétrolières, Olivier Appert note des beaux jours à court terme, mais prévoit des difficultés à plus long terme, du fait du nationalisme des pays producteurs, et des coûts croissants des investissements. Autre bénéficiaire, de manière plus indirecte: les producteurs des autres énergies. EDF en tête, qui profite du coût stable de ses centrales nucléaires par rapport au centrales thermiques au gaz, mais aussi les producteurs d'énergies renouvelables, l'éolien et le photovoltaïque gagnant en intérêt. Enfin, Pierre Cochez souligne que les fournisseurs d'équipements d'économie d'énergie, comme le français Saint-Gobain, ne sont pas non plus en reste.
Sources: La Croix, La Dépêche du Midi, La Tribune, Le Figaro, Le Monde, Les Echos, Libération

Jacques Diouf, président du FAO (Reuters)
Le sommet mondial sur la sécurité alimentaire s'est déroulé cette semaine à Rome, au siège de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Pour l'occasion, une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement ont fait le déplacement dont le président français Nicolas Sarkozy, le président brésilien Lula, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, et la présidente argentine Carolina Kirchner. Et pour cause, le contexte est très lourd: la flambée des prix alimentaires - le cours des céréales a augmenté de 50% depuis quatre mois rappelle Ouest France - a entraîné de violentes 'émeutes de la faim' (voir Revue de presse du 14 avril) en Afrique, en Amérique Latine et en Asie. Ce sont 100 millions de personnes qui sont soumises au risque de famine, cent millions en plus des 850 millions qui "vivotent" avec moins d'un dollar par jour, soit le septième de l'humanité, écrit Joseph Limagne, dans Ouest France. Durant trois jours, les 192 Etats membres de la FAO ont assisté à cette "conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire mondiale face aux défis du changement climatique et des bioénergies". Abdolreza Abassian, de la FAO, note que «les délégués qui viennent au sommet savent tous ce qui s'est passé et ce qu'il faut faire, à savoir investir à nouveau dans l'agriculture. Les divisions apparaissent sur la manière de s'y prendre». Joseph Limagne notera tout de même quelques "hors sujet", comme celui d'Ahmadinejad, qui s'est une nouvelle fois lancé dans une diatribe anti-Israël. La présence du zimbabwéen Robert Mugabe, accusé d'avoir ruiné son pays, a été elle aussi jugée pathétique.
Le sommet s'est finalement achevé le 5 juin sur l'adoption d'une déclaration commune "par acclamation", selon La Tribune. Les pays s'engagent à réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées pour 2015, et à atteindre la sécurité alimentaire. En outre, le texte souligne que la nourriture "ne devrait pas être utilisée comme moyen de pression économique et politique". En revanche, rien ou peu de choses sur les carburants et l'agriculture subventionnée. Le résultat d'une "bataille du chacun pour soi", écrit Joseph Limagne, le Brésil et les Etats Unis défendant les biocarburants - ils en sont les deux principaux producteurs - et l'Union Européenne "s'accrochant à sa politique agricole commune". Ce sont pourtant deux sujets qui ont été au coeur du débat. Ainsi, écrit Eric Jozsef dans Libération, aux ONG défendant la mise en place d'un moratoire sur les biocarburants, le président brésilien Lula s'est dit «scandalisé de voir l'énergie propre issue des biocarburants pointée du doigt». Les agrocarburants sont notamment accusés d'avoir attiser la flambée des prix agricoles. Quant aux subventions, l'AFP souligne l'attitude de l'Argentine, qui a lutté jusqu'au bout contre une disposition sur "les mesures restrictives qui peuvent augmenter la volatilité des prix internationaux", avant de refuser d'adhérer au texte. Au final, les pays ne font qu'appeler à des "études approfondies" sur les bioénergies, dans une perspective de "développement durable", sans toutefois prévoir la mise en place d'une instance de contrôle ou d'évaluation. De même, le texte "encourage la communauté internationale à poursuivre ses efforts en matière de généralisation des échanges agricoles en réduisant les obstacles au commerce, et les politiques qui sont à l'origine de distorsions des marchés". Au final, on aboutit à une "déclaration a minima", selon la Voix du Nord. Le Monde note tout de même qu'une idée a fait l'unanimité: celle de doubler la production alimentaire mondiale d'ici à 2050 en privilégiant le développement de l'agriculture des pays du sud, surtout d'Afrique. Joseph Limagne signale par ailleurs que Nicolas Sarkozy a eu le mérite de dénoncer l'"erreur stratégique historique" d'avoir privilégier les cultures rentables, comme le coton, au détriment d'une agriculture vouée à l'alimentation des populations locales. Et que son idée de créer un "groupe d'experts sur la sécurité alimentaire", comme il en existe pour le climat, lui paraissait utile. Autre satisfaction: la levée de fonds d'urgence, promis par différents donateurs comme la Banque Mondiale, la Banque islamique de développement, les Etats Unis et la France. Soit 6,5 milliards de dollars, selon Jacques Diouf, président du FAO.
Jacques Diouf, qui avait pourtant déclaré en début de conférence qu'«avec les tendances observées, cet objectif (de réduire de moitié la sous-alimentation dans le monde) serait atteint en 2150 au lieu de 2015», semblait ravi à l'issue du sommet: «on ne s'est pas contentés de paroles mais on a décidé de mobiliser des ressources pour mettre en oeuvre des actions à court, moyen, et long terme». Mais Laetitia Craveul écrit dans Le Monde que le FAO, contesté pour son manque d'efficacité n'avait qu'un but: aboutir à un consensus sur l'idée de produire plus, la question des subventions et des agrocarburants étant nettement plus délicate. Enthousiasme non partagé par le Venezuela, qui a jugé que les pays avaient «laissé passer l'opportunité de faire un pas en avant courageux pour lutter contre le 'fléau' de la faim». Franco Frattini, ministre italien des Affaires Etrangères a lui aussi fait part de sa déception: «il y a eu de grandes déclarations mais je n'ai pas senti cette cohésion unanime qui aurait été nécessaire», arguant que «les remèdes divergent encore beaucoup». Par ailleurs, La Tribune remarque que cette déclaration finale ne fait que reprendre celles des précédents sommets de 1996 et 2002, notamment sur le but d'"atteindre la sécurité alimentaire" et sur l'objectif de "réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées pour 2015 au plus tard". Les ONG ne se sont pas fait attendre pour réagir. Actionaid a ainsi estimé que «les conclusions du sommet sont le résultat du manque de volonté de la part des gouvernements de protéger véritablement les populations les plus pauvres et vulnérables». Nombre d'entre elles ont eu à coeur de défendre l'agriculture familiale et le principe d'autosuffisance alimentaire, face aux "vents de la mondialisation" (Ouest France). Flavio Valente, secrétaire général de l'Organisation internationale pour le droit humain à l'alimentation (FIAN) a ainsi expliqué qu'«il faut renforcer la production locale, pas la placer sour le contrôle de l'agribusiness», Laetitia Craveul ayant noté la présence de quelques multinationales au sommet. Autre son de cloche pour Donald Kabenuka, président de la Banque africaine de développement, déclarant que «l'heure est venue de voir l'agriculture africaine comme une véritable opportunité commerciale». Ndougou Fall, président du ROPPA, un réseau d'organisations paysannes regroupant plus de quarante millions de petits producteurs d'Afrique de l'Ouest, avait pourtant prévenu: «Rome ne doit pas être le lieu où sera ressuscitée une OMC en crise, où seront déterrés les accords de partenariat économique, ni celui où donner une nouvelle vie à la Banque Mondiale», affirmant que «les même procédés produiront les mêmes résultats. Ni la libéralisation, ni une nouvelle révolution verte africaine ne serviront à régler une crise puisqu'elles sont une partie du problème». L'organisation britannique Oxfam est plus tempérée, qualifiant ce sommet de «premier pas important», mais jugeant par la voix de sa responsable, Barbara Stocking, que les dirigeants doivent «s'attaquer aux causes en mettant fin à la production à outrance des biocarburants et en fournissant une aide à plus long terme à l'agriculture», avant de conclure «les bonnes idées doivent être suivie par des chèques au Japon», à savoir au G8 qui se déroulera en juillet.
Sources: La Tribune, La Voix du Nord, Le Monde, Libération, Ouest France
L'usine Tereos d'Origny-Sainte-Benoîte. (AFP/ALAIN JULIEN)
Ces derniers jours, note Le Monde, organisations internationales (FMI, Banque mondiale, Programme alimentaire mondial...) et responsables politiques montent au créneau contre les biocarburants. Premier argument avancé: la vogue pour le carburant agricole aurait fait flamber les prix alimentaires à travers le monde. Ainsi, note Ophélie Neiman sur Rue 89, un temps présentés comme les sauveurs de la planète, les biocarburants sont désormais désignés comme les affameurs des pays pauvres. Alarmé par les émeutes de la faim qui se sont multipliés dans le monde, Dominique Strauss-Kahn, président du FMI, a déclaré que cette mode lui posait un "problème moral". Ophélie Neiman a relevé d'autres problèmes. Ainsi, en 2002, une étude américaine est parvenue à prouver que le diester (ou biodiesel) rejette autant de gaz à effet de serre que le gazole. Une autre étude a également prouvé que le bioéthanol E85 est aussi cancérigène que l'essence. Ajouter à cela le problème d'espace. Ainsi, l'ingénieur Jean-Marc Jancovici atteste sur son blog que pour produire suffisamment de bioéthanol pour remplacer le pétrole dans les transports en France, il faudrait une surface de culture de betterave équivalente à 120% la superficie du territoire. Un problème d'espace qui pose aussi la question des risques de déforestation, notamment au Brésil.
En France, une vingtaine d'années après le Brésil ou les Etats-Unis, la France s'est lancée dans les biocarburants en 2006, sous l'impulsion du ministre des Finances, Thierry Breton. Le pays s'est fixé l'objectif d'incorporer 7% d'agrocarburants dans les réservoirs d'ici 2010. Mais, souligne Rue 89, les biocarburants restent peu connus et peu répandus en France. Ce qui peut également expliquer l'annonce du groupement d'indépendants, Système U, de suspendre le développement de leur dispositif de distribution de bioéthanol (1000 litres par mois dans 22 pompes) lancé en 2006. Informations du Figaro. Officiellement, on déclare que «cet agrocarburant n'est pas une alternative crédible pour l'avenir». Les producteurs de biocarburants répondent: «sans les biocarburants, la France ne sera pas en mesure de respecter ses engagements en termes d'énergies renouvelables» de 20 % en 2020. Mais, politiquement, où en est-on? Jean Syrota, auteur du rapport "Perspectives énergétiques de la France à l'horizon 2020-2050" - remis à François Fillon en septembre 2007 - suggère au Premier Ministre d'arrêter les "investissements nouveaux dans la production de biocarburants de première génération". Jean-Claude Bévillard, de France Nature Environnement, le rejoint: «Tous ces investissements réalisés sont encombrants pour le gouvernement». L'ONG demande une diminution des objectifs français et européens de fixer à 10% les surfaces agricoles consacrées aux biocarburants.
Quant au gouvernement, d'après Le Monde, sa position sur le sujet n'est pas encore clarifiée. Michel Barnier, ministre de l'Agriculture, souligne que «la question n'est pas celle des biocarburants» mais de «la place qu'ils occupent», soit 7 à 10% en 2010 en France contre 20 à 30% au Brésil et aux Etats-Unis. Selon Barnier, la priorité reste l'alimentation. Jean-Louis Borloo, en marge du Forum international de l'énergie de Rome, Jean-Louis Borloo a évoqué «une pause sur de nouvelles capacités», tout en affirmant que les investissement planifiés seront «honorés». D'où la colère d'Anne Souyris, porte-parole des Verts: «Dans les faits, le gouvernement n'abandonne pas ses objectifs! (...) Où est la pause?». Ophélie Neiman pose la question essentielle: «(Les biocarburants) doivent-ils être définitivement abandonnés ou, au contraire, améliorés?». Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports, plaide pour la seconde solution. Jean-Louis Borloo le rejoint: «Cap sur la deuxième génération de biocarburants!». Tandis que la première génération concernait l'utilisation de maïs et de colza comme carburants, la deuxième s'appuie sur des produits non-alimentaires et des déchets de culture, précise Rue 89, comme la paille, les tiges, les copeaux ou les feuilles. Et dans ce domaine, la France accuse un lourd retard sur ses voisins. Ainsi, Angela Merkel vient d'inaugurer la première usine de deuxième génération, où l'on produira du biocarburant à partir de résidus de bois. De plus, comme l'affirme Philippe Tillous-Borde, représentant de la filière biodiesel, «Tout cela coûte cher». Ainsi, Rue 89
affirme que pour produire un litre d'éthanol, il faut 43 kilos de bois. La méfiance est de mise du côté de la Confédération Paysanne. «Aujourd'hui, le monde comprend enfin que les biocarburants de première génération sont une arnaque technique, environnementale et humanitaire. Désormais, c'est la deuxième génération qui est censée être formidable. Mais elle n'existe qu'à l'état de micro-projets. Ces biocarburants ne seront jamais à l'état de production industrielle. La troisième génération semble être la plus raisonnable» affirme ainsi Jacques Pasquier. Une troisième génération? Ce serait des carburants à base d'algues, des algues que l'on sait très riches en graisse, et très abondantes. Encore à l'état expérimental, souligne Ophélie Neiman. Ce serait aussi des carburants produits à partir de phytoplancton. Quant à l'utilisation de déchets ménagers, elle est déjà appliquée à Lille.
Et Le Figaro de conclure: "A l'heure où le baril de pétrole n'en finit pas d'établir de nouveaux records, les biocarburants continuent bien sûr d'avoir des défenseurs, mais leur avenir en France ne semble guère porteur."
Sources: Le Figaro, Le Monde, Rue 89
Emeute de la faim en Haïti. (Cubillos/AP)Des "émeutes de la faim" au XXIe siècle, écrit La dépêche du midi, scandaleux paradoxe, dans un monde qui regorge de richesses. Les révoltes liées à l'explosion des prix alimentaires éclatent dans les zones les plus pauvres du globe. L'Humanité rapporte que pour la seule année 2007, la FAO (l'organisme de l'ONU chargée de l'alimentation et de l'agriculture) chiffre à 80% la hausse des produits laitiers et à 42% celle des céréales. La Banque Mondiale estime cette augmentation sur trois ans à 181% pour le prix du blé et à 83% pour les produits alimentaires. La Voix du Nord indique que le riz - produit de base en Afrique - aurait vu son prix s'élever de 40 à 300% sur le continent, et que cette flambée concerne aussi les produits importés: huile de palme et d'arachide, sucre... Surtout, comme le rappelle Tamara Kummer du PAM (Programme alimentaire mondial) dans L'express, les villes ne sont désormais plus épargnées. La liste des pays concernés depuis six semaines par ces débordements est longue: Burkina Faso, Egypte, Cameroun, Côte d'Ivoire, Mauritanie, Ethiopie, Madagascar, Sierra Leone, Sénégal, Indonésie, Philippines, Bangladesh, Afghanistan, Argentine, Haïti. Et encore incomplète. Premier exemple: l'Afghanistan. Hamid Karzaï, le président afghan, a alerté la communauté internationale sur la situation de son pays en janvier, indiquant qu'un ménage afghan moyen dépense en moyenne 45% de son revenu pour la nourriture, contre 11% en 2006. Pour les citadins, c'est même 75% du revenu qui est voué à l'alimentation. Plus de 2,5 millions de personnes souffriraient de famine. Kummer explique que si la guerre, les mauvaises récoltes et la multiplication de camps de réfugiés peuvent expliquer cette situation, c'est avant tout le contexte économique régional qui en est la principale cause. Le dossier le plus sensible reste Haïti. En une semaine, le sac de 50 kg de riz a vu son prix passer de 35 à 70 dollars, dans un pays de 8,5 millions d'habitants où 80% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. Résultat: des milliers de personnes sont descendus dans la rue, souvent violemment, écrit La Dépêche du Midi, dans la capitale et en province. L'Humanité rèvèle qu'à Porte-au-Prince, les pillages se sont multipliés, des jeunes ont pris possession de plusieurs rues de la capitale et ont formé des barricades. La station radio Vision 2000 a été la cible de jets de pierre, les animateurs obligés d'appeler la police à l'aide par les ondes. Un policier nigérian de l'ONU a même été tué par balles. Et le tout malgré l'annonce du président haïtien René Préval, qui a appelé les «fonctionnaires de l'administration qui gagnent un salaire mensuel de plus de 30.000 gourdes (environ 500 euros) à donner 10% pour aider les plus pauvres». Le président, qui a démis de ses fonctions le Premier Ministre, a également annoncé la baisse du prix du riz.
La presse s'est interrogée sur les raisons de cette poussée des prix. Libération a listé cinq facteurs principaux. Le premier: "la mode des carburants". Le baril du pétrole à son plus haut niveau précipite la ruée vers l'or vert, écrit le quotidien. L'UE ou les Etats-Unis se sont déjà fixés des objectifs de consommation de biocarburants d'ici 10 à 15 ans. Christian Losson ajoute que même des pays en déficit alimentaire (Indonésie, Sénégal) suivent la tendance, sacrifiant des terres cultivables. Le FMI estime «qu'entre 20 et 50% de la production mondiale de maïs ou de colza ont ainsi été détournés de leur usage initial». Conséquence: le cours du maïs, utilisé pour l'éthanol, a doublé en deux ans. Mais Sébastien Maillard note dans La Croix que l'essor des biocarburants n'est pas le «premier déterminant». Nicolas Bricas, chercheur au Cirad (Centre en coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), va même jusqu'à refuser ce constat. Selon lui, ce sont les «spéculateurs qui anticipent dès maintenant une montée future de l'engouement pour les carburants verts». Le pétrole cher a une autre conséquence, note Libération: l'explosion du coût des transports des denrées alimentaires, qui a des conséquences aussi bien sur les productions destinées à l'exportation que sur les marchés locaux, souligne Nicolas Bricas, toujours dans L'Express. Deuxième grand facteur, selon Libé: ce que le sénateur démocrate américain Byron Dorgan appelle «l'orgie de spéculation». Un «autre effet pervers de la crise des subprimes», écrit Christian Losson: les fonds d'investissement se tournent désormais sur les matières alimentaires: soja, blé, maïs, de «véritables valeurs refuges», selon Nicolas Bricas. La ministre française de l'économie, Christine Lagarde, semble être en adéquation avec cette observation. Selon elle, c'est en effet la crise financière, qui encourage les investisseurs à investir sur les marchés de matières premières, qui entraîne la flambée des prix de l'alimentation. Le troisième principal facteur relèverait du bouleversement climatique. Le PAM recense ainsi les «sécheresses en Australie et au Kazakhstan, inondations en Asie, ouragans en Amérique latine et un hiver record en Chine». Achim Steiner, responsable du PNUE (Programme des Nations unies pour l'environnement) note que «dans les grands pays, on atteint des limites en termes de disponibilité de terres arables et d'eau, et de réduction de la fertilité des sols». Christian Losson présente un quatrième facteur: "l'évolution des modes de vie". La croissance économique exponentielle des deux pays les plus peuplés au Monde, l'Inde et la Chine, dopent la consommation de viande. En 20 ans, celle-ci serait passé de 20 à 50 kg par habitant et par an en Chine, souligne La Voix du Nord. L'écologiste Lester Brown estime ainsi que «si les Chinois mangeaient autant de viande que les Américains, ils absorberaient 50 % des céréales mondiales». Or, Libération explique que "nourrir 60 milliards d'animaux à viande chaque année revient à produire autant de céréales que pour 4 milliards d'habitants". Mais, se demande La Voix du Nord, comment raisonner ces pays émergents alors qu'ils ne sont que copier le monde occidental? Ultime cause, d'après Libération: "les effets de la libéralisation". Jacques-Edouard Alexis, le premier ministre haïtien démis récemment de ses fonctions, signalait : «On nous impose, nous, poids plume, de boxer contre les poids lourds sur le ring commercial». Et les marchés locaux de se faire submerger par des produits subventionnée exportés par les pays riches. Sébastien Fourmy, d'Oxfam, accuse «les politiques de libéralisation à marche forcée, prônées pendant des décennies par le FMI et la Banque mondiale, (qui) ont contribué à rendre les pays pauvres encore plus vulnérables». Autre effet de la libéralisation: la baisse des aides au développement des pays riches: -8,4% en 2007, -15% pour la France, souligne Libération. Soit une baisse de moitié par rapport à 1984, estime Action Aid. Surtout que, comme l'atteste Christian Berthiaume, porte-parole du PAM, «»l'augmentation de 55 % du coût des produits alimentaires depuis juin 2007 a un impact énorme sur (leurs) opérations». Nicolas Ménage, chef du service des achats alimentaires du PAM, ajoute qu'il est en outre «devenu très difficile de trouver la nourriture», car «beaucoup de pays ont mis en place des mesures limitant leurs exportations d'aliments, en Asie, en Afrique et en Amérique latine».
Si cette crise alimentaire prend autant de place dans les médias, alors que le phénomène est ancien, c'est que les grandes institutions internationales sonnent le signal d'alarme. Le FMI, par la voix de son directeur général, Dominique Strauss-Kahn, indique ainsi que «la hausse des prix alimentaires pourrait avoir de terribles conséquences pour la planète entière si rien n'est fait pour l'endiguer». «Des centaines de milliers de personnes vont mourir de faim. Ce qui entraînera des cassures dans l'environnement économique. Les progrès réalisés par les pays pauvres, depuis cinq à dix ans en matière de développement, pourraient se retrouver complètement détruits». D'après Robert Zoellick, président de la Banque Mondiale, ce sont cent millions d'individus qui sont concernés directement par le phénomène. Selon lui, 33 Etats sont menacés de troubles politiques et de désordres sociaux. La mobilisation internationale reste toutefois confuse, pour le moment. Ainsi, Jacques Diouf, directeur du FAO, est critique envers son organisation mère, l'ONU: «Avec une vraie urgence alimentaire dans 37 pays, je suis surpris de ne pas être convoqué d'urgence au Conseil de sécurité à New York, tant la hausse du prix des céréales a un impact sur la sécurité des peuples et sur les droits de l'homme, notamment des plus pauvres». En Europe, aucun accord n'a encore été trouvé, mais le commissaire européen au développement, Louis Michel est alarmiste: «Un choc alimentaire mondial se profile, moins visible que le choc pétrolier, mais avec l'effet potentiel d'un vrai tsunami économique et humanitaire en Afrique»
Les institutions internationales tentent de réagir dans l'urgence. Mais, comme le souligne L'Humanité, le Programme Alimentaire Mondial risque une "crise de trésorerie". Le quotidien rappelle que l'agence a du revoir à la hausse son budget prévu cette année pour nourrir 73 millions de personnes dans 78 pays, de 2,9 milliards de dollars à 3,4 (soit 2,15 millions d'euros). Soit 500 millions de dollars à trouver dans l'urgence, avant le 1er mai, rappelle Bob Zoellick. Déjà plus de la moitié de cette somme a déjà été reçue. "Ce n'est pas assez" a-t-il déploré. Le Point affirme que la Banque mondiale va doubler ses prêts agricoles en Afrique, en les portant à 800 millions de dollars. Le FAO a débloqué 17 millions de dollars pour les pays les plus touchés par la crise alimentaire. Elle sollicite l'aide des 191 pays membres pour rassembler 1,7 milliard de dollars nécessaires aux programmes d'urgence. Soit l'équivalent de quatre A-380, souligne La Dépêche du Midi. «Pas insurmontable donc si la volonté politique est au rendez-vous» selon le quotidien régional. La Banque Mondiale voit aussi à long terme. «Il s'agit aussi de s'assurer que les générations futures n'en paient pas elles aussi le prix», a déclaré Bob Zoellick. Le comité de développement de l'institution a approuvé le principe d'un "new deal pour une politique alimentaire globale", écrit le Nouvel Observateur. L'objectif: accroître la productivité agricole dans les pays pauvres (distribution d'engrais et de semences), et améliorer l'accès à la nourriture dans les écoles et sur les lieux de travail. Et éviter ainsi que les gouvernements des pays pauvres soient poussés par les populations à adopter des mesures d'urgence (suspension des droits de douane, réduction de la TVA) qui pèsent sur leur budget. Deux rendez-vous sont prévus dans ce cadre, en juin: la conférence de Rome, qui rassemblera chefs d'Etat de gouvernement, et le G8 finances qui se déroulera au Japon. Quant à l'idée du recours aux biocarburants, elle est de plus en plus marginalisée. L'Humanité révèle qu'au récent sommet Inde-Afrique de New Delhi, les dirigeants des pays représentés ont appelé les occidentaux à remettre en cause l'utilisation des carburants agricoles. Gordon Brown a d'ailleurs récemment demandé d'inscrire ce thème au prochain G8. Michel Barnier, ministre français de l'agriculture, compte sur la même ligne, discuter d'une réorientation des productions agricoles européennes en priorité sur l'alimentation.
Malgré ces annonces, Jacques Diouf reste pessimiste: «Je ne vois pas de raisons objectives à des diminutions de prix. Le niveau des stocks des céréales est à son niveau le plus bas depuis 25 ans et il devrait encore baisser de 5 % cette année». Même son de cloche pour le FIDA (Fonds international pour le développement agricole), qui envisage aussi une poursuite de cette hausse mondiale des prix. Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, estime qu'on va «vers une très longue période d'émeutes». Moins pessimistes, la FAO, qui compte sur de meilleures moissons pour enrayer la flambée des prix, avoue tout de même que les prix devraient longtemps rester élevés. Ce que craint avant tout les organismes internationaux, c'est la contagion. Ces émeutes «pourraient s'étendre bientôt à l'Asie», selon Jacques Diouf. Courrier International nous relaye ainsi un article de la Nezavissimaïa Gazeta. Selon le journal moscovite, l'inflation des produits alimentaires peut provoquer des tensions sociales en Asie Centrale. Au Kazakhstan, cette inflation atteint 15 à 16%. «La fédération des syndicats du Kazakhstan a décidé de mener une action de protestation centralisée pour exiger l'indexation des salaires». Le gouvernement compte interdire ou limiter les exportations de blé et de farine en instaurant des taxes. Au Kirghizistan, où l'inflation est plus forte, le pouvoir accuse l'opposition d'avoir fait descendre les gens dans la rue au lieu de labourer et de semer, en avril et en octobre. La NG ajoute que même les pays exportateurs d'hydrocarbures, comme l'Ouzbékistan et le Turkménistan connaissent une situation d'inflation. Le "journal indépendant" écrit que «la crise alimentaire actuelle est dangereuse car elle accroît le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, ce qui promet des explosions sociales». Mais l'Europe n'est pas en reste. Ainsi, Tamara Kummer rappelle que «la flambée des prix concerne autant un Européen qu'un Africain». Les grèves se multiplient, note La Voix du Nord. En Croatie, par exemple, les revenus d'un ouvrier croates équivaut à 26% de la moyenne européenne, tandis que les prix représentent 70% de ceux des 27.
Sources: Courrier International, L'Express, L'Humanité, La Croix, La Dépêche du Midi, La Voix du Nord, Le Nouvel Observateur, Le Point, Le Progrès, Libération




